« L’histoire de l’Écosse se révélait souvent, semble-t-il, sous l’aspect de lieux géographiquement situés, comme une entité palpable et toujours vivante. La littérature de voyage suggérait qu’il était facile pour le visiteur d’entrer au contact du passé en Écosse. Ses paysages, ses nombreux bâtiments et sites historiques, son atmosphère propice à l’oubli du présent, tout concourait à faciliter cette expérience1. » écrit Katherine Haldane Grenier dans son ouvrage consacré au tourisme en Écosse au XIXe siècle. Bien souvent, ce contact avec le passé était préparé par la lecture d’œuvres de fiction, ou des extraits qu’en donnaient les guides touristiques. La littérature d’imagination a joué un rôle central dans la constitution de l’Écosse en destination prisée par les voyageurs, le fait a été mis en évidence dès les travaux pionniers sur l’histoire du tourisme dans cette nation septentrionale2. Les œuvres de Walter Scott, mais aussi les poèmes épiques attribués au barde Ossian, la poésie de Robert Burns et d’autres œuvres encore, signées par des auteurs moins illustres, ont suscité l’envie d’aller visiter l’Écosse, et ont fourni aux visiteurs les images qui leur permettaient de peupler et d’animer les lieux qu’ils fréquentaient3. La lecture générait des engouements pour certains lieux, parfois de façon spectaculaire. En 1810, Walter Scott publia La Dame du Lac, un poème narratif se déroulant en grande partie sur les rives du loch Katrine. Le succès fut grand, et les conséquences sur la fréquentation touristique de cette étendue d’eau des Highlands immédiate, comme l’affirme Maria Edgeworth dans une lettre adressée à Scott :
L’année qui précéda la parution de votre Dame du Lac, 50 à 60 voitures à cheval sont passées près du loch Katrine. L’année suivante, elles furent 270 à transporter des personnes de goût en ce lieu4.
Que reste-t-il de ces pratiques aujourd’hui ? L’attrait touristique de la destination repose encore largement sur l’imagerie romantique des Highlands telle qu’elle s’est constituée à l’époque romantique, entre la publication de l’épopée celtique du barde Ossian, « découverte » par James Macpherson en 1760, et l’abondante œuvre poétique et romanesque de Walter Scott (1771-1832). Si les montagnards en kilt se battant pour préserver leur liberté et l’honneur de leur clan peuplent encore les imaginaires, si les chants mélancoliques de leurs épouses vêtues de tartan résonnent encore, et si les montagnes embrumées forment encore le décor que l’on associe spontanément à l’Écosse, c’est en grande partie à la littérature d’imagination qu’on le doit.
Certains lieux restent associés aux œuvres littéraires qui sont à l’origine de cet imaginaire : actuellement, sur les rives du loch Katrine, des panneaux indiquent au visiteur qu’ici était la Caverne des Gobelins, que là était l’île où vivait la belle Ellen, courtisée par un roi se déplaçant incognito, un jeune chef de clan et un célèbre brigand des Highlands. On visite aussi les maisons d’écrivains, les lieux où ils ont vécu et qui les ont inspirés : le manoir de style néogothique que Walter Scott s’est fait bâtir à Abbotsford grâce à la fortune accumulée par la vente de ses œuvres, le pays de Burns où le poète a habité, travaillé la terre, aimé et écrit. Dans The Literary Tourist : Readers and Places in Romantic and Victorian Britain, Nicola Watson a consacré des passages substantiels au tourisme littéraire autour de la vie et de l’œuvre de Walter Scott et de Robert Burns, montrant comment ces pôles d’attraction des voyageurs se sont formés au XIXe siècle, et offrant des aperçus suggestifs sur ce qu’ils sont devenus en ce début de XXIe siècle5.
C’est en guise de complément à ce travail fondateur que l’on proposera ici un traitement statistique et cartographique du tourisme littéraire en Écosse, dans les années 1840 et aujourd’hui, s’appuyant sur les références géographiquement situées aux œuvres de fiction6 et à leurs auteurs que fournissent les guides touristiques. Si, pour les voyageurs, l’histoire de l’Écosse est d’abord une géographie, perçue au prisme de la fiction, il doit être possible de cartographier cet imaginaire.
L’approche statistique permettra dans un premier temps de mettre en évidence les siècles qui sont le plus mis à l’honneur par les œuvres de fiction et de mesurer les évolutions depuis les années 1840. La cartographie comparée des sites mis en valeur par la fiction dans les années 1840 et aujourd’hui se focalisera ensuite sur les œuvres écrites ou faisant référence à une période antérieure au XIXe siècle, en cohérence avec le cadre chronologique choisi de ce numéro de la revue L’Entre-Deux, mais aussi avec les représentations actuelles de l’Écosse : ce sont encore, de nos jours, les époques médiévale et moderne qui occupent la plus grande place dans l’imaginaire touristique de l’Écosse tel qu’il est façonné par la fiction, les œuvres se référant à l’époque contemporaine n’apportant que quelques retouches à ce tableau. Pour la période actuelle, la fiction audiovisuelle (cinéma et séries télévisées), a aussi été prise en compte. La série Outlander, notamment, a beaucoup contribué à renouveler l’intérêt du public pour le XVIIIe siècle écossais, et elle suscite des pratiques touristiques dont les guides se font l’écho7. L’un des objectifs d’une approche statistique et cartographique sera de mesurer la place que tient aujourd’hui l’audiovisuel par rapport à l’écrit dans la transmission de représentations fictionnelles de l’Écosse. Disposer d’une cartographie diachronique des sites permettra également de mettre en évidence les pleins et les vides de la géographie de l’imaginaire fictionnel de l’Écosse, et de mesurer les évolutions dans le rapport qu’entretiennent les touristes avec les auteurs et les œuvres qui mettent en lumière ce territoire : certains résistent mieux que d’autres au passage du temps. La mise en perspective de ces données avec l’histoire culturelle et littéraire des deux derniers siècles éclairera ces évolutions.
La cartographie de l’espace fictionnel et touristique de l’Écosse présentée ici a été élaborée à partir des références fournies par trois guides dont la publication s’échelonne de 1837 à 1845, et huit guides édités entre 2009 et 2024. On a pris soin de couvrir le mieux possible l’ensemble de l’offre éditoriale en matière de guides touristiques généralistes de l’Écosse disponibles lors de nos deux séquences chronologiques, en évitant de recourir deux fois aux publications du même éditeur8. Les guides spécialisés thématiquement (guides littéraires de l’Écosse9) ou géographiquement (telle ou telle région de l’Écosse), ont été écartés pour éviter les effets de loupe. C’est la vision des touristes anglophones qui sera envisagée ici, puisque les guides étudiés sont tous en anglais, et publiés par des maisons d’édition anglaises ou américaines. On a en effet voulu privilégier ici l’étude de l’appropriation, ou de la réappropriation d’un patrimoine littéraire par le tourisme, et non la découverte de celui-ci par des visiteurs issus d’une autre aire linguistique et culturelle.
Les années 1840 ont été choisies comme point de référence à partir duquel observer les évolutions actuelles pour deux raisons. D’une part, c’est un moment d’apogée du tourisme littéraire en Écosse : l’œuvre de Walter Scott était achevée depuis 1832, elle connaissait un succès extraordinaire, sa réputation ne commençant à décliner que dans les années 189010. D’autre part, c’est aussi le moment à partir duquel on commence à disposer de plusieurs séries de guides touristiques détaillés couvrant l’ensemble de l’Écosse. Pour les années 1840, on dispose de trois guides différents11 couvrant exactement le même espace, ce qui permet de mieux mesurer l’importance réelle d’un site littéraire : si un lieu est mentionné par un seul guide, on pourra mettre cela sur le compte de la culture personnelle de l’auteur, de ses préférences ou de son désir de se démarquer des autres ouvrages disponibles sur le marché, mais s’il apparaît dans tous les guides de la même séquence chronologique, on est vraisemblablement en présence d’un haut lieu du tourisme littéraire12. Le même travail a été effectué sur les huit ouvrages du corpus contemporain13, afin de saisir les continuités et les changements par rapport à l’âge d’or du tourisme littéraire en Écosse.
L’objectif sera non seulement de contribuer à la connaissance des pratiques touristiques dans un territoire particulièrement mis en valeur par la fiction, mais aussi de voir dans quelle mesure la connaissance des œuvres de fiction et sa transmission de génération en génération peut passer par le tourisme.
Un premier comptage des sites mis en valeur par la fiction révèle une certaine persistance de cette façon de saisir l’espace entre les années 1840 et aujourd’hui, mais le territoire écossais apparaît cependant comme moins saturé de fiction aujourd’hui. On peut relever 467 mentions de sites liés aux œuvres de fiction ou à la vie de leurs auteurs dans les années 1840 (toutes périodes confondues), contre 565 pour la période actuelle. Compte tenu du plus grand nombre de guides mobilisés pour cette dernière (huit pour le corpus contemporain, contre trois pour les années 1840), c’est un déclin relatif. Le recul apparaît plus nettement si l’on exclut du comptage les œuvres renvoyant à une époque postérieure à 1800 et les auteurs qui n’ont jamais traité des époques antérieures à cette date (428 mentions dans les années 1840 contre 311 aujourd’hui).
Dans les guides touristiques, la distinction d’un lieu particulier, le fait de lui conférer une valeur et d’orienter le voyageur vers celui-ci ne passe bien entendu pas toujours par la fiction. Il peut être signalé pour ses qualités esthétiques, son importance historique, ou encore la possibilité d’y pratiquer des activités de loisir. La médiation par la fiction est moins centrale dans les guides touristiques actuels, et on lui préfère souvent d’autres approches. En effet, elle n’est pas toujours gage d’authenticité, valeur qui paraît fondamentale pour les voyageurs d’aujourd’hui : plutôt que de passer par un roman célèbre pour signaler l’intérêt d’un lieu, on préfère souvent passer par des références historiques. Par ailleurs, les procédés par lesquels les guides touristiques rendent les lieux présents à l’esprit des lecteurs ont profondément changé depuis le XIXe siècle. Les ouvrages de cette époque passaient fréquemment par des citations littéraires pour décrire les sites. Les auteurs de guides de voyage préféraient recourir à des voix autorisées, et reconnues pour leur talent dans l’art délicat de la description, que de se risquer à se mesurer à elles en tentant une nouvelle fois de dire les lieux. On ne renvoyait pas seulement à la fiction pour sa capacité à peupler un lieu et à lui donner de la vie par la narration, ou pour signaler son importance patrimoniale, mais aussi pour que le lecteur puisse se figurer au mieux sa configuration physique, et ressentir sa valeur esthétique. Les guides touristiques de ce temps étaient parsemés de longues citations extraites d’œuvres littéraires faisant autorité, pratique qui a aujourd’hui disparu14. Dans les années 1840, le guide publié par Adam et Charles Black est celui qui pratiquait le plus fréquemment la citation, mais l’ouvrage de William Rhind ou les deux guides de George et Peter Anderson ne dédaignaient pas non plus de recourir à cette technique. Les guides actuels sont plus succincts, préférant suggérer en quelques mots l’intérêt et la beauté des lieux, et s’appuient largement sur la photographie.
Malgré ces évolutions, les guides actuels font encore référence à la fiction ; elle reste encore l’une des modalités par laquelle on peut retrouver le passé de l’Écosse dans ses paysages. Mais en quel siècle arrive-t-on, lorsque l’on pénètre dans les wynds15 obscures d’Édimbourg, ou que l’on s’engage sur les routes étroites des Highlands, guidé par les meilleurs auteurs ? C’est ce que révèlent les graphiques suivants :


N’ont été dénombrés ici que les sites mis en valeur par l’œuvre d’un auteur, et non les lieux où il a vécu ou qu’il a fréquentés, mais sans les faire figurer dans ses créations16. Une constante apparaît clairement : le XVIIIe siècle est la période la plus mise à l’honneur, dans les années 1840 (119 mentions) comme aujourd’hui (99). C’est indubitablement le siècle qui marque le plus les imaginaires. Les romans historiques de Walter Scott qui figurent parmi les plus cités dans les guides se déroulent à cette époque : Rob Roy (qui se déroule vers 1715), Le Cœur du Midlothian (pendant les émeutes de Porteous à Édimbourg en 1736-1737) et Waverley (pendant l’insurrection jacobite de 1745). L’œuvre de Robert Burns se réfère presque entièrement à cette période, qui est celle de la vie du poète. La série Outlander, qui se déroule, pour sa partie écossaise, dans les années 1743-1766, fait l’objet de nombreuses mentions dans les guides actuels, qui signalent d’ailleurs les circuits organisés par des professionnels du tourisme à partir d’Édimbourg pour visiter les lieux de tournage de la série.
La forte présence du XVIIIe siècle dans l’imaginaire touristique s’explique aisément. C’est un moment pivot :« ce siècle, écrit Murray Pittock, a sans doute défini bon nombre des contours de la société moderne écossaise »17. C’est le siècle de l’union politique de l’Écosse avec l’Angleterre (1707), des Lumières, au sein desquelles les penseurs écossais s’illustrent particulièrement, et de l’industrialisation, particulièrement rapide dans ce pays, processus qui ont façonné l’Écosse d’aujourd’hui et ont entraîné une rupture avec les fondements sur lesquels reposaient sa société dans les siècles précédents. Cette rupture avec le passé, en outre, s’est effectuée de façon brutale et dramatique : deux grandes insurrections jacobites, en 1715 et 1745, ont été écrasées, ce qui a eu pour conséquence d’arrimer définitivement l’Écosse à l’Angleterre et d’accélérer la destruction de la société traditionnelle des Highlands, en mettant fin à son organisation en clans, à sa relative autonomie par rapport au pouvoir central et ouvrant la voie à une émigration massive de sa paysannerie, souvent sous la contrainte, lors des clearances18. Il y a là de la matière pour un roman historique : la confrontation entre deux cultures, l’une ancrée dans le passé et l’autre tournée vers la modernité, la nécessité tragique de choisir entre l’une et l’autre alors que chacune a ses mérites, la possibilité de faire participer les personnages aux événements de la « grande » histoire… Ce sont précisément les ingrédients utilisés par Walter Scott dans Waverley, son premier essai dans le domaine du roman historique, qui fut un triomphe, et a façonné l’image romantique des Highlands, depuis lors confondus avec l’ensemble de l’Écosse dans les imaginaires touristiques. C’est vers ce modèle que l’on se tourne encore aujourd’hui lorsque l’on projette de fictionnaliser l’histoire de l’Écosse. On retrouve ces ingrédients dans la série Outlander. L’œuvre de Robert Burns n’a pas cette dimension épique, mais on y a vu un tableau de la société rurale traditionnelle des Lowlands à la veille de sa disparition sous les effets de l’industrialisation et de la modernisation de l’agriculture19. Là encore, une image d’un monde que nous avons perdu, mais avec lequel on peut entrer en contact en lisant ces œuvres et en se rendant sur les lieux qui les ont inspirées.
La présence au second rang (84 mentions) des sites renvoyant à des œuvres évoquant le XXe siècle dans les guides touristiques actuels ne doit pas être interprétée comme un véritable renouvellement des représentations touristiques de l’Écosse. On trouve bien sûr quelques références à des œuvres ancrées dans les problématiques actuelles (5 références à Trainspotting, par exemple, film de 1996 réalisé par Danny Boyle et adapté du roman d’Irvine Welsh, mettant en scène les mésaventures d’un groupe de jeunes toxicomanes), mais celles-ci restent assez rares. L’œuvre la plus fréquemment mentionnée pour ce siècle est, de loin, Harry Potter de J. K. Rowling (30 mentions pour les romans ou les films qui en ont été tirés), car les paysages des Highlands ont servi de décors pour les adaptations cinématographiques. Mais il s’agit là d’un récit fantastique qui n’entretient qu’un rapport extrêmement ténu avec l’Écosse20.
Le XVIe est de loin le siècle qui a connu le plus grand recul entre les années 1840 et nos jours (de 84 mentions à 18). C’est l’une des découvertes les plus notables que permet ce séquençage par siècle des références à la fiction dans les guides touristiques. Il faut y voir l’effet de l’oubli dans lequel est tombée une partie de l’œuvre de Walter Scott. Ses premiers succès lui sont en effet venus de recueils de ballades et de poèmes mettant en scène la société turbulente des Borders, sa région d’origine, à une époque où ces marches frontalières étaient le terrain de jeu des reivers, des brigands commettant leurs forfaits au mépris de l’autorité du roi d’Écosse comme de celle du roi d’Angleterre. Les Chants de ménestrels de la frontière écossaise (1802), Le Lai du Dernier Ménestrel (1805) et Marmion (1808)21 ont été très lus au XIXe siècle (41 mentions) ; c’est à peine si les guides touristiques actuels mentionnent ces œuvres qui n'éveilleront aucun souvenir auprès de la grande majorité de leurs lecteurs (3 mentions). Il est remarquable qu’aucune œuvre de fiction marquante ne soit venue prendre le relais pour ce siècle pourtant riche en événements dramatiques et en personnages hauts en couleurs (pensons à Mary Stuart). Désormais, dans les guides touristiques, l’accès des touristes à ce siècle se fait par la médiation de l’histoire, et non plus par celle de la fiction.
Les graphiques mettent en évidence deux siècles creux en ce qui concerne la mise en valeur du territoire par la fiction : le XVIIe et le XIXe siècles. Walter Scott a pourtant situé l’action de plusieurs de ses romans écossais au XVIIe siècle : Les Puritains d’Écosse (1816), Une Légende de Montrose (1819) et Le Pirate (1821). Siècle de conflits religieux et de sectarisme, cette époque se prête sans doute assez mal à une intégration dans l’imaginaire du voyage d’agrément. Le tourisme est en effet une activité récréative, dans laquelle la déprise par rapport aux préoccupations de la vie quotidienne et aux inquiétudes suscitées par le monde contemporain est centrale. Il peut intégrer des références à des violences et des conflits d’autrefois, à condition qu’ils soient suffisamment mis à distance. Cela se fait aisément dans le cas des guerres de clans et l’insoumission des Highlanders ou des reivers des Borders, qui renvoient à un passé qui paraît définitivement révolu – et qui a été présenté comme tel par l’œuvre de Walter Scott. Il en va différemment des conflits entre catholiques et protestants, qui n’ont pas entièrement perdu leur actualité dans les îles Britanniques, ni du fanatisme religieux en général, qui se porte très bien au XXIe siècle. Remarquons par ailleurs que, si l’on en croit les histoires de la littérature, le XVIIe siècle écossais est relativement pauvre en œuvres majeures ; à l’inverse du cas français, il n’a jamais été considéré comme un modèle22.
Quant au XIXe siècle, la faible part qu’il tient dans les références à la fiction dans les guides touristiques actuels tient certainement au discrédit dans lequel est tenu le mouvement Kailyard (v. 1880-1914), qui a fait des campagnes écossaises de cette époque son cadre de prédilection. Le Kailyard a été érigé en modèle de ce qu’il ne faut pas faire par la critique moderniste écossaise du XXe siècle, qui l’accusait de propager une image sentimentaliste et idéalisée de l’Écosse. Le courant ne s’est jamais relevé de ce discrédit. Le territoire écossais reste de ce fait peu marqué par la littérature se référant au XIXe siècle. On ne peut que constater le contraste très net avec l’Angleterre sur ce plan : au sud de la Tweed, le XIXe siècle est au contraire particulièrement à l’honneur dans le tourisme littéraire, il n’est qu’à penser à la patrimonialisation très marquée des lieux évoquant Jane Austen, les sœurs Brontë, Charles Dickens ou Thomas Hardy23.
À côté de l’époque moderne24, le Moyen Âge écossais fait pâle figure. Il représente 12 % des mentions contre 59 % pour l’époque moderne dans les années 1840, et 13 % contre 39 % aujourd’hui. C’est un passé relativement récent, celui de la modernité des historiens, qui est mis à l’honneur par les guides touristiques : suffisamment lointain pour qu’il nous paraisse exotique, mais assez proche pour que les romanciers trouvent une abondance de sources à son sujet, et que l’on sente à l’œuvre dans leurs récits les forces du changement qui ont conduit au monde d’aujourd’hui.
En ce qui concerne le Moyen Âge, les œuvres faisant référence à la première guerre d’Indépendance écossaise (1296-1328), qui a vu le royaume s’affranchir de la tutelle anglaise pour plusieurs siècles, représentent une part importante des références : presque toutes les références aux XIIIe et XIVe siècles évoquent ce conflit. C’est essentiellement au travers de réinterprétation largement postérieures que cet événement est saisi par la fiction : le poème Le Lord des Îles (1815) de Walter Scott pour les voyageurs des années 1840 (15 mentions) ou le film de Mel Gibson, Braveheart, pour les touristes du XXIe siècle (9 mentions) ; les épopées médiévales de John Barbour et Harry l’Aveugle, qui ont célébré ces hauts faits, ne sont jamais mentionnés en relation avec des lieux précis dans les guides touristiques25. Le découpage choisi pour élaborer ces graphiques révèle d’ailleurs une évolution significative : les œuvres mettant en avant William Wallace ont été assignées au XIIIe siècle (car le héros de l’insurrection antianglaise cesse de jouer un rôle important dans le conflit après avoir fait prisonnier en 1298) tandis que celles qui font de Robert Bruce leur personnage principal ont été rattachées au XIVe (car la bataille décisive qu’il remporte à Bannockburn a lieu en 1314). Ce découpage met en évidence l’inversion, au XXIe siècle, en faveur de Wallace, l’homme issu du peuple, célébré comme tel dans Braveheart. C’est lui qui retient aujourd’hui l’attention, bien plus que l’aristocrate Robert Bruce, reflétant la culture démocratique dans laquelle ces guides touristiques en anglais sont produits et lus. La place honorable qu’obtient le XIe siècle dans ce classement (8 mentions dans les années 1840, 18 aujourd’hui) s’explique quant à elle par l’effet d’une seule œuvre : Macbeth de Shakespeare26. Nous aurons l’occasion d’y revenir. Remarquons pour finir que dans les années 1840, un grand nombre de sites étaient mis en relation avec des balades appartenant à la très riche tradition orale de l’Écosse. Les événements qui y étaient narrés ne sont que rarement assignables à une date précise, d’où la création d’une catégorie ‘temps légendaire’ pour les inclure27. Les poèmes d’Ossian, que l’on rattache à un IIIe siècle incertain et mythique, ont aussi été classés dans cette catégorie. Le net recul de cette catégorie dans les guides actuels (76 contre 12) révèle la disparition de la connaissance de cette culture orale. Sa mise par écrit à l’âge romantique a suscité une vogue temporaire, dont témoigne la littérature de voyage de ce temps, mais elle est passée depuis longtemps.
De même que des graphiques chronologiques révèlent des périodes de fort investissement mémoriel contrastant avec des siècles oubliés, la cartographie dévoile des territoires fortement investis par la fiction et d’autres qui le sont nettement moins. Les cartes 1 et 2 figurent tous les sites mis en relation avec une œuvre de fiction représentant une période antérieure au XIXe siècle, ainsi que ceux qui ont tenu une place importante dans la vie de tout auteur ayant produit une œuvre se référant à des périodes antérieures à ce siècle. Ces lieux peuvent eux-mêmes être fortement investis par des objets renvoyant au passé, comme le montre le cas d’Abbotsford, que Walter Scott a rempli d’objets témoignant du passé de l’Écosse. L’objectif, en créant ces cartes, a été de montrer comment un imaginaire fictionnel renvoyant au Moyen Âge et à l’époque dite moderne28 s’inscrit dans le territoire écossais, tel qu’il est saisi par les guides touristiques, et comment cette géographie a changé des années 1840 à nos jours.
Carte 1. Les sites mis en valeur par la fiction, d’après les guides touristiques en Écosse, années 1840

Carte 2. Les sites mis en valeur par la fiction, d’après les guides touristiques en Écosse, années 2010-2020

Des constantes apparaissent. Au XIXe siècle comme aujourd’hui, le nord de l’Écosse (Highlands à l’ouest du loch Ness, archipels des Hébrides extérieures, des Orcades et des Shetlands) paraît très peu marqué par la fiction. Ce sont, par ailleurs, des espaces relativement peu investis par le tourisme, encore qu’il faudrait nuancer ce constat pour le XXIe siècle, car beaucoup a été fait ces dernières années pour aménager et promouvoir la Route 500, qui ouvre l’accès à la côte nord-ouest de l’Écosse, réputée pour ses paysages où mer et montagne s’interpénètrent dans un espace peu peuplé, aux limites de l’écoumène. Les guides touristiques, hier comme aujourd’hui, abordent principalement cet espace par le prisme des paysages, de la nature et, secondairement, de l’histoire, ou plutôt de la préhistoire (sites néolithiques de Skara Brae ou de Callanish).
La partie sud-est des Highlands, se situant en deçà du loch Ness, et les Hébrides intérieures étaient l’objet d’une mise en valeur par la littérature plus intense autrefois qu’elle ne l’est aujourd’hui. Cet espace était le cadre de plusieurs œuvres de Walter Scott : Le Lord des Îles (1815) poème narratif célébrant les exploits de Robert Bruce (château d’Ardtornish, loch Coruisk sur l’île de Skye, île de Staffa), La Dame du Lac (1810) mettant en valeur les Trossachs et le loch Katrine, et Rob Roy (1817) à proximité du loch Lomond. Le bref voyage de Robert Burns dans les Highlands, en 1787, a été à l’origine de plusieurs poèmes et chansons liés à des cours d’eau ou des cascades (cascade de Foyers et de Bruar, ou rives du Moness célébrés dans The Birks of Aberfeldy). D’autres auteurs, oubliés aujourd’hui mais populaires en leur temps, marquaient aussi de leur empreinte certains lieux de cet espace, comme le Lady Rock dans le passage de Mull sur lequel, selon la légende, la femme du chef de clan Maclean of Duart aurait été abandonnée par son époux au XVe siècle, et sauvée de justesse d’une mort certaine par des marins de passage, récit mis en scène par la dramaturge Joanna Baillie (1762-1851) dans la pièce The Family Legend (1810) : aucun guide des années 1840 n’oublie de le mentionner.
Cette partie de l’Écosse était aussi très marquée par la présence de la poésie d’Ossian ; bien que déjà discréditée par la controverse au sujet de son authenticité29, l’œuvre transcrite par James Macpherson continuait de marquer les imaginaires touristiques dans les années 1840. Les guides signalaient, entre autres, la vallée de Glencoe, où le barde Ossian, selon la tradition, était né, ou Killin, la localité dans laquelle il a été enterré, Dun Fionn, près du loch Lomond, où le héros Fingal avait coutume d’aller chasser, ou encore Belleville, le manoir néoclassique que s’était fait bâtir James Macpherson dans ses Grampians natales, grâce à l’argent que lui a rapporté l’édition du cycle ossianique. Mis à part ce dernier site, il n’y avait pas de véritable trace matérielle à observer : toute cette géographie ossianique reposait sur de vagues spéculations d’antiquaires30. Ossian semble pourtant être resté une référence culturelle importante encore dans les années 1840, avec 35 mentions de sites ossianiques dans le corpus étudié. De tout ceci, il ne reste à peu près rien dans les guides touristiques actuels, qui mentionnent à peine les noms d’Ossian et de James Macpherson. L’œuvre pâtit de son statut ambigu : faute d’avoir été pleinement assumée comme fiction, elle apparaît comme une supercherie, l’exemple même d’une inauthenticité incompatible avec le tourisme culturel.
D’un autre côté, on peut noter que la poésie ossianique était le seul exemple d’œuvre issue de la tradition littéraire gaélique à être réellement mobilisé dans la géographie touristique des guides. La diversité linguistique de la littérature écossaise est en effet très peu visible dans les guides touristiques en anglais. La littérature gaélique aurait pu apporter sa contribution à la mise en fiction des Highlands, où se concentrent ses locuteurs et ses écrivains. Toutefois, elle reste un continent ignoré pour les auteurs de guides et leurs lecteurs. Elle est parfois mentionnée dans les bibliographies des ouvrages actuels, du moins ceux qui assument le plus une dimension culturelle, mais on chercherait en vain des sites littéraires gaéliques en les feuilletant31. Dans ces espaces désormais peu mis en valeur par la littérature, seule l’œuvre de Robert Louis Stevenson (1850-1884), et notamment le roman Kidnapped, se déroulant au XVIIIe siècle, marque encore de son empreinte quelques sites.
Si les Highlands restent aujourd’hui un territoire mis en valeur par la fiction, elles le doivent au cinéma et aux séries télévisées davantage qu’à la littérature. On y trouve de nombreux lieux de tournage de la série Outlander, et des sites qui correspondent si bien aux représentations que le grand public a de l’Écosse qu’ils ont servi de lieux de tournage pour de nombreuses fictions, comme par exemple le château d’Eilean Donan. Mais il est parfois nécessaire pour les équipes de tournage d’aller chercher dans les Lowlands des décors qui puissent figurer correctement les Highlands d’autrefois, particulièrement pour filmer des scènes de rue, car on aura bien des difficultés à trouver aujourd’hui des bâtiments résidentiels antérieurs au XIXe siècle dans cette région. C’est la raison pour laquelle, par exemple, la ville de Culross, dans les Lowlands a été choisie pour représenter le village fictif des Highlands nommé Cranesmuir dans la série32. Cette petite ville du comté de Fife a en effet conservé un grand nombre d’édifices des XVIIe et XVIIIe siècle dans son centre.
Le tourisme littéraire, quant à lui, se concentre essentiellement dans les Lowlands aujourd’hui, si l’on excepte les rives du loch Lomond et du loch Katrine où l’on ressent encore la présence de l’œuvre de Walter Scott. Encore faut-il distinguer selon les sous-ensembles qui composent la région des Lowlands. Le nord-est de l’Écosse, région par ailleurs assez peu touristique, paraît négligé par la fiction, même si Walter Scott a fait de Perth le cadre de La Jolie Fille de Perth, roman dont l’action se situe en 140233. C’est au sud de la Forth que l’on trouve la plus forte concentration de sites littéraires, que ce soit dans les années 1840 ou aujourd’hui. La vie et l’œuvre de Robert Burns et de Walter Scott y sont pour beaucoup, mais d’autres grands noms de la littérature écossaise y ont aussi laissé leur trace, comme Allan Ramsay ou James Hogg.
Les cartes révèlent des concentrations de sites mis en valeur par la fiction en certains espaces. Ces configurations spatiales invitent à se demander si l'on est en présence de pays littéraires. La notion est définie par Nicola Watson de la manière suivante : « dans sa forme la plus pure […] le pays littéraire (literary country) et les genres qui lui sont liés, associent une topographie rurale ou urbaine, que l’on peut aller vérifier in situ, à l’œuvre d’un auteur. À son œuvre en premier lieu, plus qu’à sa vie. Les pays littéraires sont presque toujours associés à l’œuvre d’un romancier. […] [Ils] représent[ent] toute une gamme de décors réalistes dans lesquels évoluent des personnages tirés de l’ensemble de l’œuvre de l’auteur, et où ont lieu les événements qui y sont narrés. » Le Wessex de Thomas Hardy, analysé par Nicola Watson dans The Literary Tourist, illustre parfaitement ce modèle. Il a existé au Royaume-Uni, entre les années 1880 et 1920, toute une littérature, à mi-chemin entre la critique littéraire et le guide touristique, qui a décrit ces pays littéraires. Nicola Watson rappelle aussi que « le premier pays littéraire, celui qui pour un temps a servi de modèle, fut sans aucun doute le ‘pays de Scott’ »34, ce qui fait de l’Écosse un territoire d’expérimentation d’une relation nouvelle entre fiction et géographie.
Nous proposerons ici une définition plus large du pays littéraire, que n’exclut d’ailleurs pas complètement la proposition faite par Nicola Watson. Il n’y a pas de raison d’exclure, dans la perspective d’une étude du tourisme littéraire, les pays littéraires générés par une ou des œuvres poétiques : nous verrons qu’il existe indubitablement, en Écosse, un pays de Burns. Quant au « pays de Scott », quelle que soit la définition et l’extension spatiale qu’on lui donne, il provient de son œuvre poétique autant que de son œuvre romanesque – pensons au Lai du Dernier Ménestrel (1805) ou à La Dame du Lac (1810).
Il faut par ailleurs sortir de l’indéfinition spatiale dans laquelle se trouve le terme « pays ». Le « pays de Scott », si l’on s’en tient à cet auteur, est-ce l’ensemble des territoires auxquels son œuvre de fiction se réfère ? Cela impliquerait d’inclure la France de Quentin Durward et de Louis XI, et même la Palestine du Talisman. S’agit-il du Royaume-Uni dans son ensemble, Angleterre incluse, puisque s’y déroulent Ivanhoe (1819), Kenilworth (1821) ou Les Aventures de Nigel (1822). Est-ce l’Écosse dans son ensemble, que le poète Alexander Smith, dès le milieu du XIXe siècle a suggéré de rebaptiser Scott-land, tant l’œuvre de l’auteur de Waverley en est venue à définir les représentations que l’on se faisait du pays ?35. Ou s’agit-il d’unités géographiques plus petites, d’ordre régional, qui sont le cadre dans lequel se déroule l’action de chacune de ses œuvres ? La définition du mot pays proposée par les géographes exclut la première possibilité : un pays est un « territoire borné »36, et non un ensemble d’espaces discontinus dont le seul lien est l’œuvre d’un auteur. Le pays peut en revanche se confondre avec la nation, c’est « l’État, considéré non dans son appareil mais comme entité géographique »37. L’Écosse, voire l’ensemble du Royaume-Uni, peut donc être considéré comme un pays littéraire scottien38. Mais ce n’est pas cette échelle qui sera considérée ici. Le pays, c’est, originellement, « une unité de vie, d’action et de relation, […] qui est l’un des niveaux d’agrégation systémique de l’espace géographique. C’est une étendue de l’ordre de 1 000 km2, quelque 30 km sur 30 […] ; un espace qui se traverse à pied dans la journée, et où l’on vaque aller et retour dans la journée ; donc un espace d’interconnaissance. […] Le phénomène […] est général en Europe, et à y regarder de près se reproduit dans l’ensemble du monde, du moins hors des vides accusés »39.
Si l’on transpose cette définition, le pays littéraire (au sens de « petit pays » qui vient d’être donné) sera un espace que le voyageur peut traverser dans la journée, et dans lequel il peut aller d’un site mis en valeur par une ou plusieurs œuvres de fiction à un autre, le site étant défini comme un lieu40 précis distingué par un toponyme. L’échelle a son importance pour les pratiques touristiques : le pays littéraire est un espace densément imprégné de fiction, que l’on peut parcourir dans la journée, en allant d’un site à l’autre, chacun correspondant à un épisode marquant d’une œuvre, ou à un lieu ayant tenu une place importante dans la vie d’un auteur. Dans la perspective, qui est la nôtre ici, de recherche d’un contact avec le passé de l’Écosse au travers de la fiction, c’est là que les voyageurs vivront l’expérience la plus intense, l’immersion la plus complète dans cet autrefois fantasmé.
Sur la carte produite à partir des données issues des guides des années 1840, on peut identifier plusieurs de ces pays littéraires. Le plus septentrional est le mieux connu de tous : c’est celui qui a été créé par Walter Scott dans La Dame du Lac et dans Rob Roy, autour des Trossachs, du loch Katrine et du loch Lomond41. Même si les expressions « pays littéraire » ou « pays de Scott » ne sont jamais employées dans les guides des années 1840, l’entrée dans ce territoire marqué par l’œuvre scottienne est parfois signalée : « le touriste qui se rend de Callander aux Trossachs reconnaîtra maintenant le sol sur lequel se sont déroulés les hauts faits de La Dame du Lac », prévient le guide Rhind, lorsque la description en vient au loch Venachar, petite étendue d’eau qui précède de peu le défilé des Trossachs42. Cette entrée dans un pays de fiction se perçoit aussi dans l’agencement même du texte de ces guides, désormais entrecoupés de citations plus ou moins longues du poème. Celui-ci, très vaguement inspiré de l’histoire du règne de Jacques V (1512-1542), et surtout nourri de légendes locales recueillies par Walter Scott, raconte les aventures du roi, qui se déplace incognito sous le nom de James Fitz-James. Lors d’une partie de chasse, il s’égare et franchit les Trossachs, le défilé rocheux qui isole le loch Katrine du reste du monde. Là, il rencontre une belle jeune femme, Ellen Douglas, qui l’héberge dans sa demeure sur une île au milieu de l’étendue d’eau. Il n’est pas insensible à son charme mais celle-ci est également courtisée par Roderick Dhu, un chef de clan rebelle, et Malcolm Graeme, un jeune chef des Highlands qui séjourna autrefois à la cour de Jacques V. Après maintes péripéties, Roderick Dhu, qui avait suscité une révolte contre Jacques V, est capturé et meurt de ses blessures, tandis que le roi accepte de s’effacer pour que Malcolm Graeme épouse Ellen. Le poème prend de grandes libertés avec l’histoire mais s’avère d’une grande précision topographique : muni d’une carte, il n’est pas difficile pour un touriste du XIXe siècle de se mettre dans les pas de Fitz-James, de suivre son parcours dans les Trossachs, et de revivre par l’imagination les faits narrés dans ce poème43. Les guides touristiques des années 1840 répertorient méticuleusement les différentes étapes de ce parcours. Une fois le voyageur arrivé à la fin de son parcours, à l’extrémité occidentale du loch Katrine, il était encouragé à prolonger ce voyage en terre de fiction en se rendant sur les rives du loch Lomond, à quelques kilomètres, pays de Rob Roy, le célèbre brigand des Highlands que Walter Scott a mis en scène dans le roman éponyme44.
Ce pays littéraire a survécu, quoique diminué, jusqu’à nos jours. Lorsqu’ils mentionnent les Trossachs et le loch Katrine, les guides ne manquent presque jamais d’y rattacher le nom de Walter Scott45. Les explications sur La Dame du Lac varient ensuite en précision, mais on ne retrouve plus le détail de la topographie légendaire qui faisaient les délices des touristes du XIXe siècle. Il faut désormais se reporter aux panneaux informatifs que l’on trouve in situ pour en savoir plus au sujet de l’île d’Ellen, de la caverne des Gobelins, et autres lieux légendaires46. Le pays de La Dame du Lac reste une référence culturelle que l’on mobilise pour expliquer le succès touristique du loch Katrine, mais ce n’est plus une œuvre lue et mémorisée que l’on remobilise à l’occasion d’une visite sur les lieux du poème.
Des remarques similaires peuvent être faites sur un autre pays scottien, la vallée de la Tweed. Une concentration de sites organisés de façon linéaire est bien visible sur la carte des années 1840. Ils dessinent le cours de la Tweed et de ses affluents, la Yarrow et la Teviot. Abbotsford, la résidence de Walter Scott, est l’un des hauts lieux de ce pays littéraire. Les visiteurs ne manquaient pas d’aller visiter le lieu où tant d’œuvres d’imagination avaient été créées, et où l’on trouvait exposés de nombreux objets évocateurs de l’histoire de l’Écosse, comme la porte du Vieux Tolbooth d’Édimbourg, l’épée de Montrose, le chef du soulèvement jacobite de 1715, ou encore la dague et le sporran de Rob Roy47, que l’auteur avait collectionnés au cours de sa vie. Mais beaucoup d’autres sites évocateurs de la vie ou de l’œuvre de Walter Scott étaient mentionnés : Sandyknowe, la maison de ses grands-parents, où il a entendu dans son enfance les récits au sujet des exploits des reivers qui ont déterminé sa vocation littéraire, Ashiestiel, où il a vécu avant de s’installer à Abbotsford, l’abbaye de Dryburgh, où il a été enterré, et de nombreux lieux évoqués dans le Lai du Dernier Ménestrel ou dans le poème narratif Marmion. On remarquera qu’ici, à la différence du pays de La Dame du Lac, d’autres auteurs que Walter Scott et d’autres œuvres sont mentionnés dans les guides touristiques. La vallée de la Tweed était le cadre de hauts faits rapportés par la tradition orale, dans les balades qui ont été collectées et publiées à l’époque romantique. Mais on y trouve aussi plusieurs sites associés à la vie et l’œuvre de James Hogg, un contemporain et ami de Walter Scott, dont on lit encore la Confession du pécheur justifié (1824), ou encore à Allan Ramsay, auteurs de poèmes qui ont participé au renouvellement de la littérature écossaise dans la première moitié du XVIIIe siècle. Un pays littéraire, selon la définition que l’on en adoptera ici, n’est pas nécessairement la création d’un auteur unique : il est des espaces qui ont attiré les talents de nombreuses plumes. Dans le cas de la vallée de la Tweed, il faut sans doute y voir l’effet d’une conjonction entre l’histoire agitée de cette région et la beauté de ses paysages, une association bien souvent à l’œuvre derrière l’attrait littéraire et touristique des territoires écossais. La dimension particulièrement « littéraire » de cette vallée était du reste perçue et mise en avant par les auteurs de guides touristiques au XIXe siècle :
Ces glens ou hopes [vallées de la Tweed et de ses affluents], comme on les appelle, sont des lieux que la muse écossaise aime particulièrement à fréquenter ; ses effusions les plus appréciées sont empreintes de leurs paysages pastoraux. Cette région est, en vérité, le pays des chansons : chaque rivière, chaque ruisseau sont familiers aux amateurs de musique écossaise48.
Aujourd’hui, la dimension fictionnelle de la région est nettement moins affirmée. Les guides insistent davantage sur les paysages et le patrimoine composé d’abbayes et de châteaux en ruine. Abbotsford et les autres lieux associés à Walter Scott – à sa vie, plus qu’à son œuvre – témoignent aujourd’hui, presque à eux seuls, de la vocation littéraire de la région.
Un autre espace de concentration de sites liés à la fiction est visible, plus au nord, autour d’Édimbourg. Aucune autre ville écossaise ne peut rivaliser avec la densité d’associations littéraires que concentre la capitale, surtout si l’on s’intéresse aux fictions mettant en scène l’Écosse d’autrefois. La ville se distingue tout d’abord par les monuments qu’elle a consacré aux grands écrivains de l’Écosse, et notamment le monument à Walter Scott, une statue de l’écrivain surmontée d’une flèche néogothique haute de 61 mètres, considéré comme le plus grand monument dédié à un écrivain dans le monde entier. Inauguré en 1840, il est un vestige très visible de l’engouement des Britanniques du XIXe siècle pour l’œuvre du « Magicien du Nord ». Les portraits d’écrivains visibles au National Portrait Museum et le Writers’ Museum qui honore les trois grands écrivains nationaux, Robert Burns, Walter Scott et Robert Louis Stevenson, depuis 1913. Édimbourg reste encore aujourd’hui associée au Cœur du Midlothian de Walter Scott. Dans ce roman se déroulant au XVIIIe siècle, une femme est injustement emprisonnée pour infanticide et attend son exécution dans le Vieux Tolbooth, l’ancienne prison du comté du Midlothian, situé près de la cathédrale St. Giles au centre de la Vieille Ville d’Edimbourg ; elle devra son salut à la persévérance de sa sœur, Jeanie Deans, qui traverse tout le pays pour se rendre à la Cour et supplier la reine Caroline qu’elle soit graciée. Une mosaïque de pavés en forme de cœur marque encore aujourd’hui l’emplacement de l’Old Tolbooth, et il est de coutume de cracher dessus pour porter bonheur.
La continuité dans le temps des sites liés aux écrivains et à leurs créations dans le centre d’Édimbourg contraste fortement avec ce que l’on peut observer dans sa périphérie proche. De nombreux sites répertoriés dans les guides touristiques des années 1840 sont aujourd’hui entièrement tombés dans l’oubli. Cela peut être lié à la disparition d’un patrimoine bâti sous l’effet de la rénovation urbaine lors de la croissance de la ville aux XIXe et XXe siècles : le cottage où, selon la tradition, vivait Jeanie Deans, au pied d’Arthur’s Seat, a été démoli en 196549. Plus souvent, c’est l’oubli dans lequel tombent les écrivains et leur œuvre qui en est la cause. Les campagnes autour d’Édimbourg ont été, au XVIIe et XVIIIe siècle, des espaces de délassement pour des écrivains qui ne pouvaient vivre loin de la ville, de son mécénat et de ses éditeurs. Cette Arcadie de proximité a aussi été une source d’inspiration pour leur œuvre. C’est dans les collines de Pentland, au sud d’Édimbourg, qu’Allan Ramsay a situé The Gentle Shepherd (1725). Écrite en scots, cette pièce de théâtre pastorale en vers délaissait pour la première fois, dans la littérature écossaise, les Arcadies de convention pour préférer la description, certes idéalisée, d’un milieu rural localisable sur une carte. Il a obtenu un grand succès de son temps et a été considéré comme un signe de renouveau de la littérature nationale. Ramsay, apprécié de Burns, encore souvent mentionné dans les guides touristiques des années 1840, n’est plus guère lu aujourd’hui. Du passé littéraire des environs d’Édimbourg, il ne reste que peu de témoignages aujourd’hui, mis à part le château d’Hawthornden, où vécut William Drummond (1585-1649), surnommé le Pétrarque écossais, devenu aujourd’hui une résidence d’écrivains.
Cet ensemble de sites liés à la fiction à Édimbourg et autour de la ville forme-t-il un véritable pays littéraire ? Que les écrivains nationaux soient mis à l’honneur dans la capitale écossaise, que certaines de leurs œuvres insufflent une dimension littéraire à l’espace urbain, cela ne fait aucun doute. Le soin avec lequel Édimbourg entretient sa mémoire littéraire lui a valu d’être la première ville au monde à se voir décerner le titre de Ville littéraire par l’UNESCO, en 2004. Mais on peut se demander si les voyageurs, même au XIXe siècle, envisageaient la ville et sa campagne environnante comme un ensemble territorial cohérent sur le plan de la création littéraire. Le fait qu’à la différence des Trossachs, de la vallée de la Tweed et, nous le verrons, du pays de Burns, l’espace correspondant à peu près au Midlothian (c’est-à-dire la région comprenant Édimbourg et ses environs proches) ne soit jamais signalé comme un territoire particulièrement mis en valeur par la création littéraire dans les guides, permet d’en douter. Pas de véritable pays littéraire, donc, mais une ville littéraire, Édimbourg.
Jusqu’à présent, on a pu mettre en évidence un certain effacement, dans les guides touristiques de la référence à la fiction à propos du territoire écossais. À une période d’apogée de la mise en fiction du territoire et de son histoire au XIXe siècle succède un oubli progressif, malgré quelques exceptions, comme le pays de la Dame du Lac ou Abbotsford, et une prise de relais partielle de la littérature par la fiction audiovisuelle. Mais avec le pays de Burns, on observe une évolution bien différente. Déjà bien identifié comme tel dans les années 1840, il s’organise autour de deux pôles dans le sud-ouest de l’Écosse : le sud de l’Ayrshire, où le poète est né en 1759, a vécu jusqu’en 1786 et a écrit l’essentiel de son œuvre, et les environs de Dumfries, où il s’est installé en 1788 et où il est mort en 1796. Deux guides de cette période utilisent déjà l’expression de « pays de Burns » pour désigner cet espace et proposent des circuits pour le parcourir50. Mais les sites burnsiens ne sont pas systématiquement mentionnés dans tous les guides ; celui de George et Peter Anderson passe rapidement sur cette partie de l’Écosse. Aujourd’hui, pourrait-on dire, le sud-ouest de l’Écosse est plus burnsien que jamais : deux musées lui sont consacrés, l’un à Alloway, l’autre à Dumfries, et à peu près tous les lieux où le poète a vécu ou qu’il a fréquentés sont dûment répertoriés, depuis le cottage où il est né près d’Alloway jusqu’à la maison de ville à Dumfries, où il est mort. Le monument néoclassique bâti en son honneur à Alloway en 1847, ainsi que certaines des nombreuses statues à son effigie sont mentionnés. Les sites décrits dans certains de ses poèmes ou chansons les plus célèbres sont recensés : la vieille église d’Alloway où le protagoniste du poème Tam o’Shanter observe un sabbat de sorcières, la taverne Poosie Nansie qui a inspiré The Jolly Beggars, le Vieux Pont d’Ayr qui doit sa préservation au fait que Burns l’a mentionné dans The Twa Brigs… On peut même voir à Alloway des statues immortalisant Tam o’Shanter et son compagnon de beuverie Souter Johnnie, et visiter un peu plus loin le cottage où vécut ce dernier, aujourd’hui propriété du National Trust for Scotland. Tous ces sites sont mentionnés par les guides touristiques actuels, et certains d’entre eux identifient encore ce territoire comme le pays de Burns51.
À l’évidence, un renversement s’est opéré. Walter Scott était, pour les voyageurs en Écosse du XIXe siècle, l’écrivain national par excellence, Robert Burns ne venant qu’en second. Si l’on comptabilise l’ensemble des mentions de site en relation avec l’un ou l’autre des deux écrivains dans les guides des années 1840, on arrive à 189 mentions pour Scott, contre 71 pour Burns. Aujourd’hui, celui-ci est l’écrivain marquant le plus de son empreinte le territoire écossais, avec 121 mentions contre 101 pour Scott. Cette prééminence est confirmée par les chiffres de fréquentation des principaux sites en relation avec ces auteurs : en 2014, Abbotsford, le site scottien le plus visité, a reçu 59 408 visiteurs, tandis que le Robert Burns Birthplace Museum d’Alloway a fait 302 715 entrées dans la même année, se classant au huitième rang des attractions payantes à l’échelle de l’ensemble de l’Écosse52.
C’est en s’intéressant à l’histoire de la réception de leur œuvre que l’on comprendra mieux ce renversement. De son temps, Walter Scott fut l’écrivain qui connut le plus grand succès dans le monde anglophone. Il était considéré comme le maître insurpassable du roman historique, et a été lu dans toute l’Europe. Sa réputation est restée inaltérée jusqu’aux années 1890, mais a beaucoup souffert du mépris dans lequel l’a tenu la critique moderniste du XXe siècle, notamment en Écosse : il était rendu responsable des clichés passéistes dans lequel le pays aurait été enfermé, et les positions politiques qu’il défendait – il était tory et favorable à l’union entre l’Écosse et l’Angleterre – lui ont valu l’opprobre de la part des intellectuels nationalistes de ce siècle, souvent engagés dans les avant-gardes esthétiques et politiques53. À ce discrédit critique s’est ajoutée l’évolution des pratiques de lecture : peu de lecteurs ont aujourd’hui assez de détermination pour se lancer dans la lecture de ses longs romans, qui exigent une bonne culture historique pour être pleinement appréciés. Ils ont par ailleurs connu très peu d’adaptations en films ou en séries. Quant à ses poèmes, qui de son vivant était aussi appréciés que son œuvre romanesque, ils sont encore moins lus de nos jours, pour des raisons qui sont bien résumées par Robert Crawford : « trop empesés, trop monotones, trop, trop longs »54.
Il en va différemment de Robert Burns. Même si son emploi fréquent du scots est un obstacle pour le lecteur d’aujourd’hui, c’est un auteur qui reste davantage présent dans la culture générale des pays anglophones. Certaines de ses chansons, comme Auld Lang Syne ou Ae Fond Kiss, restent très populaires. Certains de ses vers restent des références connues de tous : « A man is a man for a’ that », proclamation de l’universelle dignité de l’homme, « the best-laid schemes o’ mice and men gang aft agley », qui a inspiré le titre du roman Des Souris et des Hommes de John Steinbeck, roman resté longtemps l’un des plus lus dans les écoles aux États-Unis comme au Royaume-Uni… Il est un auteur, si ce n’est lu couramment, du moins connu et célébré en Écosse, où il est considéré comme « le barde national »55, mais aussi dans les anciennes colonies britanniques où vivent de nombreux descendants d’immigrants écossais : États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande. Cette popularité se manifeste par les formes de sociabilité qu’elle génère : il existe dans tous ces États des Burns Clubs, qui se réunissent tous les ans aux environs du 25 janvier pour célébrer la mémoire du poète lors de Burns Suppers, dans lesquels le haggis est un mets incontournable. Pour les descendants d’immigrants écossais, le voyage dans le pays de Burns peut être l’occasion de renouer avec leurs racines culturelles.
Cette popularité maintenue du « poète laboureur » provient aussi de l’adéquation entre ses convictions personnelles et les valeurs de notre temps. Par son républicanisme, son égalitarisme, son soutien à la Révolution française ou le fait qu’il ait assumé sa vie amoureuse relativement libre, il a pu apparaître comme un marginal dans la société de son temps. Dans l’Occident d’aujourd’hui, démocratique et postérieur à la révolution sexuelle des années 1960, on pourra aisément le présenter comme un « précurseur ». Robert Crawford le qualifie à juste titre de « master poet of democracy »56, le mot démocratie étant à comprendre au sens civilisationnel que lui donne Tocqueville, et non dans une acception étroitement institutionnelle.
À toutes ces raisons de fond qui expliquent le maintien et le renforcement au fil du temps de la fréquentation des lieux de mémoire burnsiens, il faut sans doute ajouter une politique de mise en valeur de ce patrimoine particulièrement active de la part des professionnels du tourisme. La multiplicité des sites patrimonialisés et référencés dans les guides le suggère, mais il faudrait mener une enquête sur les pratiques de promotion touristique en Écosse aux XXe et XXIe siècle pour le confirmer.
Enfin, la confusion de la vie et de l’œuvre joue sans doute un rôle important dans le maintien de la notoriété des sites touristiques qui lui sont associés. Les touristes actuels, sans doute davantage à la recherche d’authenticité que leurs prédécesseurs du XIXe siècle, qui se satisfaisaient davantage de la seule force des images générées par la fiction, peuvent être davantage attirés par des lieux et des paysages associés à des épisodes de la vie du poète et aux émotions que, pense-t-on, il a réellement éprouvées. À l’inverse, plutôt que de passer par les constructions romanesques de Walter Scott, quelle que soient leur force d’évocation, ils préféreront accéder au passé de l’Écosse par la médiation des explications historiques fournies par les guides, elles-mêmes appuyées sur les travaux des historiens, avec toute la rigueur et les scrupules que cela suppose dans la reconstitution du passé.
Néanmoins, l’authenticité n’est pas toujours une condition requise pour figurer au premier plan dans les guides touristiques d’aujourd’hui. Le cas des sites shakespeariens de l’Écosse le prouve. Ils se réfèrent tous à Macbeth, la seule œuvre de Shakespeare se déroulant dans un cadre écossais. Assez peu nombreux, et dispersés, ils ne forment pas entre eux un véritable pays littéraire. Mais tout comme Robert Burns, William Shakespeare est l’un des rares auteurs antérieurs au XIXe siècle dont la présence, loin de s’estomper, est allée en se renforçant. Pourtant, l’auteur de Macbeth n’a jamais voyagé en Écosse et l’histoire comme la géographie de ce pays sont mobilisées de façon assez libre et imprécise dans la pièce : on est loin des exigences d’exactitude référentielle qui sont celles d’un roman réaliste du XIXe siècle. Cela n’empêche pas les guides actuels de mentionner à peu près systématiquement l’œuvre dans leurs descriptions du château de Glamis ou de celui de Cawdor, en dépit de l’absence totale d’authenticité de ces sites. Le premier est donné comme la résidence de Macbeth dans la pièce, malgré l’absence de tout rapport avéré entre le personnage historique et le lieu. Le second donne à Macbeth son titre (thane de Cawdor), avant qu’il ne devienne roi d’Écosse en assassinant Duncan : si le Macbeth historique a bien été une figure de pouvoir dans la région de Moray, où se situe ce château, rien n’indique qu’il ne l’ait possédé ni même qu’on lui ait été attribué le titre de thane de Cawdor57. Les châteaux de Glamis et de Cawdor sont d’ailleurs des constructions bien postérieures au XIe siècle de Macbeth58.
Alors que Glamis et Cawdor n’étaient mentionnés qu’une fois chacun dans les guides des années 1840, le premier est aujourd’hui mentionné dans six guides et le second dans sept, sur un total de huit. Comme dans le cas de Robert Burns, il y a certainement eu à un moment – probablement à l’époque victorienne – une promotion délibérée de ces lieux au rang de sites shakespeariens, mais cela reste à prouver par une recherche plus approfondie. L’absence d’authenticité de ces attributions shakespeariennes ne sont pas sans causer quelque trouble chez les auteurs de guides touristiques, qui ne peuvent pas passer sous silence les associations entre ces sites et l’œuvre d’un auteur aussi célèbre mais, désireux de ne pas tromper le voyageur, précisent souvent qu’elles sont factices. Le cas de Shakespeare montre bien que, lorsque l’on est en présence d’un auteur canonique, la notoriété de celui-ci l’emporte sur l’authenticité quand il s’agit d’ériger un lieu en site du tourisme littéraire.
Le traitement statistique et cartographique des données fournies par les guides touristiques permet de mettre en évidence la forte imprégnation du territoire écossais par la fiction au XIXe siècle. C’est par celle-ci que, bien souvent, les voyageurs accédaient au passé de l’Écosse. Ce passé était, et reste, avant tout celui de l’époque moderne des historiens, le XVIIIe siècle se maintenant indétrôné. Par ailleurs, au XIXe siècle, la densité des références en certaines régions était telle que l’on a pu mettre en évidence l’existence de véritables pays littéraires.
Ces références littéraires sont encore perçues de nos jours, du moins celles qui renvoient aux auteurs qui restent encore lus aujourd’hui ou qui tiennent une place de premier plan dans l’histoire littéraire. Elles valorisent, encore davantage qu’autrefois, les Lowlands plus que les Highlands. Ces références sont mobilisées par les professionnels du tourisme, et les auteurs de guides qui sont leurs relais, pour mettre en valeur une région dont les paysages sont souvent considérés comme moins spectaculaires que ceux des Highlands, et inviter à un rééquilibrage des flux de visiteurs.
L’approche statistique qui a été adoptée révèle aussi le maintien des références littéraires dans les pratiques touristiques malgré la place prise désormais par la fiction audiovisuelle. Cette dernière n’a d’ailleurs pas donné lieu à la formation de nouveaux pays de fiction, au sens qui a été défini ici, du fait de la dispersion des lieux de tournage. Pour reprendre les catégories distinguées par Régis Debray, on parvient à la conclusion qu’en Écosse, la vidéosphère n’a, pour l’instant, pas encore supplanté la graphosphère dans les pratiques touristiques59. Le voyage en Écosse, s’il est certainement moins qu’autrefois suscité par le désir de découvrir les lieux qui ont inspiré des pages fameuses de la littérature, reste l’occasion d’une possible prise de conscience de l’existence d’un lien étroit entre des lieux, des paysages et une littérature qui les a célébrés.
Certains sites littéraires, résistant à l’érosion mémorielle, ont donc traversé le temps. Mais on ne peut réduire les principes qui président à leur maintien à une règle simple. La notoriété d’un auteur, la place éminente qu’il tient dans le canon littéraire peut bien sûr être un facteur déterminant, on le voit dans le cas des sites shakespeariens. Sa capacité à donner une voix à sa nation compte évidemment pour beaucoup, on le voit pour Walter Scott et Robert Burns. Si, comme dans le cas de ce dernier, l’œuvre exprime des valeurs qui sont encore celles de la société dans laquelle vivent les lecteurs d’aujourd’hui, la probabilité d’une réappropriation par la visite des lieux l’ayant inspirée est encore plus grande.
Dans la plupart des cas, c’est l’histoire littéraire et son appropriation, par la voie scolaire ou les diverses formes de socialisation, qui jouent le rôle essentiel dans le maintien et la transmission de la mémoire de l’auteur et de ses créations dans des lieux visités par les touristes. Les textes ont précédence sur la géographie. Mais un mécanisme inverse peut également se mettre en place, par lequel les textes continuent à vivre par la géographie touristique transmise par les guides, en dépit du fait qu’ils ne sont plus guère fréquentés par les lecteurs. Le cas de Walter Scott l’illustre bien. Dévaluée par la critique, mise de côté par l’évolution des pratiques de lecture, son œuvre est menacée de tomber dans l’oubli. Néanmoins des dizaines, voire des centaines de milliers de touristes se rendent chaque année sur les sites mis en valeur par sa plume ou commémorant sa personne. Il serait étonnant que, que parmi tous ces visiteurs ayant gravi le monument de Scott à Édimbourg, arpenté les pièces encombrées d’antiquités d’Abbotsford, ou suivi les traces de La Dame du Lac dans les Trossachs, il ne s’en trouvera pas quelques-uns qui auront la curiosité de prolonger ces expériences en ouvrant l’un ou l’autre des romans de l’auteur de Waverley, perpétuant ainsi la réception de son œuvre. Loin de se réduire à une activité frivole ou prédatrice, le tourisme apparaît donc comme une pratique participant au maintien et à la transmission de la connaissance d’un patrimoine littéraire60.
[1] Katherine HALDANE GRENIER, Tourism and Identity in Scotland, 1770-1914: Creating Caledonia, Aldershot, Ashgate, 2005, p. 150.
[2] Thomas Christopher SMOUT, « Tours in the Scottish Highlands from the Eighteenth to the Twentieth Century », Northern Scotland, vol. 5, 2, 1983, p. 99-121 ; Richard W. BUTLER, « Evolution of Tourism in the Scottish Highlands », Annals of Tourism Research, 12, 1985, p. 371-391 ; John et Margaret GOLD, Imagining Scotland: Tradition, Representation and Promotion in Scottish Tourism since 1750, Aldershot, Scholar Press, 1995 ; Alastair J. DURIE, Scotland for the Holidays: Tourism in Scotland, 1780-1939, East Linton : Tuckwell Press, 2003.
[3] K. HALDANE GRENIER, op. cit, p. 79-84.
[4] Cité dans Charles MCKEAN, Stirling and the Trossachs, Royal Incorporation of Architects in Scotland-Scottish Academic Press, Édimbourg, 1985, p. 101. Le décompte des voitures provient probablement de l’aubergiste d’Ardcheanochoran, dont l’établissement représentait la dernière étape avant les Trossachs.
[5] Nicola J. WATSON, The Literary Tourist: Readers and Places in Romantic and Victorian Britain, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2006.
[6] Le mot « fiction » sera ici employé comme raccourci commode pour renvoyer à l’ensemble des œuvres littéraires ou audiovisuelles citées par les guides touristiques, à l’exclusion de tout ce qui est purement documentaire. Seront donc inclus les romans, les films et les séries télévisées, ce qui ne soulève pas de difficulté particulière, mais aussi la poésie épique ou lyrique, qui ne relèvent pas à proprement parler de la fiction, puisqu’elles sont censées renvoyer à des événements historiques ayant réellement eu lieu ou à des sentiments authentiquement éprouvés par le poète. Seront aussi inclues les ballades et chansons. En somme, tout ce qui prend la forme d’un récit, qu’il soit sous forme de texte, d’image, accompagné ou non de musique, dans lequel s’exprime la subjectivité d’une voix singulière, qui s’autorise à exprimer un imaginaire et ne vise pas en premier lieu à atteindre une objectivité documentaire.
[7] Ronald D. MOORE, Outlander, 2014-2023 [série télévisée], adapté de l’œuvre de Diana Gabaldon.
[8] Les éditeurs proposent généralement, de nos jours, des éditions annuelles de leurs guides de voyage, régulièrement mises à jour. Au XIXe siècle, les mises à jour n’étaient pas aussi fréquentes, mais on peut faire remonter aux années 1800 les premiers guides publiés en série, avec des mises à jour tous les 5 à 10 ans environ.
[9] Voir par exemple Garry MACKENZIE, Scotland: A Literary Guide for Travellers, Londres-New York, I. B. Tauris, 2016.
[10] David HEWITT, « Scott, Sir Walter (1771-1832), Poet and Novelist », in Oxford Dictionary of National Biography, 2008.
[11] Anderson’s Tourist Guide through Scotland […], Édimbourg, John Anderson, 1837 ; George et Peter ANDERSON, Guide to the Highlands and Islands of Scotland, Including Orkney and Zetland […], Édimbourg, William Tait, 1842 ; Black’s Picturesque Tourist of Scotland […], Édimbourg, Adam et Charles Black, 1842 ; William RHIND, The Scottish Tourist ; Being a Guide to the Picturesque Scenery and Antiquities of Scotland, Édimbourg, W. H. Lizars, 1845 (9e éd.). Les deux guides Anderson sont complémentaires : le premier traite des Highlands et le second des Lowlands. Ils seront considérés ici comme un seul et même guide. Les espaces couverts par les deux guides se recoupent parfois à la bordure entre les deux régions, ce qui crée quelques doublons qui n’ont pas été comptabilisés pour la présente étude.
[12] Ces guides dérivent de deux traditions : le guide routier en série, dont la fonction est avant tout de décrire une route et les étapes que doivent suivre les voyageurs pour ne pas s’égarer, et qui reste très succinct dans ses notations sur les sites pouvant intéresser d’éventuels touristes, et une catégorie d’ouvrages hybrides, entre récit de voyage et guide, où, à la différence des guides touristiques sous leur forme achevée, la singularité de la voix d’un auteur se fait entendre et la couverture géographique reste incomplète, mais où, à la différence des guides routiers, on trouve des notations précises sur les paysages, les sites historiques et autres sujets intéressant le tourisme. Voir par exemple James DUNCAN, The Scotch Itinerary Containing the Roads through Scotland […], Glasgow, 1808 pour le premier type et Sarah MURRAY, A Companion, and Useful Guide to the Beauties of Scotland […], Londres, George Nicol, 1799 pour le second type.
[13] Fodor’s See It Scotland, Londres-New York, Fodor’s Travel, 2009, (3e éd.) ; Paul MURPHY, Scotland, Greenville-Watford, Michelin (coll. « The Green Guide »), 2013 ; Sally COFFEY, Scotland: Highland Road Trips, Outdoor Adventures, Pubs and Castles, Berkeley, Avalon Travel (coll. « Moon Guides »), 2022 (1re éd.) ; The Rough Guide to Scotland, Londres, Rough Guides, 2022 (13e éd.) ; Rick STEVES, Hewitt CAMERON, Rick Steves Scotland, Berkeley, Avalon Travel, 2023 (4e éd.) ; Kay GILLESPIE et al., Scotland, Dublin, Lonely Planet, 2023 (12e éd.) ; Norm LONGLEY, Joanna REEVES, Scotland, Londres, APA Publications (coll. « Insight Guides »), 2023 (9e éd). ; Christian WILLIAMS, Scotland, Londres, DK (coll. « Eyewitness Travel Guide »), 2024.
[14] L’un des guides actuels, le Rough Guide, recourt toutefois assez fréquemment à de brèves citations d’écrivain pour transmettre au lecteur l’esprit d’un lieu.
[15] « Une rue étroite, une ruelle ou une allée, qui part d'une artère principale dans une ville et qui suit souvent un tracé sinueux ou courbe. », Dictionary of the Scots Language, https://dsl.ac.uk/entry/snd/wynd_n1, consulté le 18 août 2025.
[16] La distinction n’est pas toujours très simple à établir, surtout pour les poètes lyriques comme Robert Burns, pour qui la vie et l’œuvre sont étroitement mêlés. On a néanmoins adopté la règle suivante : tout site évoqué dans une œuvre de l’auteur, ou lié à un personnage figurant dans l’œuvre (même s’il s’agit d’une personne ayant réellement existé et ayant été fréquentée par l’auteur) a été considéré comme un site mis en valeur par l’œuvre et donc comptabilisé dans les graphiques doc. 1 et 2. Par exemple, le cottage où est né Robert Burns, ou le Bachelors’ Club qu’il fréquentait à Tarbolton (Ayrshire) sont considérés comme des lieux de vie de l’auteur, tandis que la Vieille Église d’Alloway (Auld Kirk), figurant dans le célèbre poème Tam o’Shanter (1791), ou la statue érigée en 1896, à l’effigie de Mary Campbell (1763-1786), aimée par Burns et inspiratrice de la chanson Highland Mary (1792), sont comptés comme des sites liés à l’œuvre.
[17] Murray PITTOCK, Scottish Nationality, Londres, Palgrave, 2001, p. 72. « Moderne » doit ici être compris au sens de toujours vivant dans le présent, et non à l’époque moderne (1492-1789) telle que définie par la tradition historiographique française.
[18] Les clearances sont un processus d’éviction des paysans des Highlands des terres qu’ils exploitaient, par un propriétaire désireux de remplacer leur agriculture de subsistance par des activités plus rentables : élevage ovin (qui nécessite peu de main d’œuvre) ou réserves de chasse. Les clearances eurent lieu, pour l’essentiel, entre les années 1770 et 1860. Certains historiens ont fortement nuancé cette présentation du XVIIIe siècle écossais, soutenant que la fin de la société clanique traditionnelle s’est faite de manière progressive, a commencé bien avant l’échec de la révolte jacobite de 1745 et que ses principaux responsables sont les chefs de clans eux-mêmes, davantage que la Couronne anglaise. Voir Allan MACINNES, Clanship, Commerce and the House of Stuart, East Linton, Tuckwell, Press, 1996.
[19] Jean-Claude CRAPOULET, « Introduction », in Robert BURNS, Poésies, Paris, Aubier, 1994, p. 48.
[20] Harry Potter a été classé ici comme œuvre évoquant le XXe siècle car son action se déroule de 1991 à 1998. J. K. Rowling s’est fortement inspirée des Highlands pour évoquer l’université Poudlard (Hogwarts) et ses environs, dans lesquels évoluent ses jeunes sorciers, mais elle n’est jamais localisée explicitement dans cette région par la romancière.
[21] Les Chants de Ménestrels de la Frontière écossaise contient environ deux tiers de balades transmises par la tradition orale – mais souvent retouchées par Walter Scott – et un tiers de balades de sa création. Le Lai du Dernier Ménestrel et Marmion sont des créations originales.
[22] Pour l’Écosse, voir Robert CRAWFORD, Scotland’s Books: The Penguin History of Scottish Literature, Londres, Penguin Books, 2007 ; pour la France, Michel Jarrety, La Critique littéraire en France, Histoire et méthodes (1800-2000), Paris, Armand Colin, 2016.
[23] Le tourisme suscité par l’œuvre de la plupart des auteurs anglais mentionnés ici est analysé dans N. WATSON, op. cit.
[24] Considérée ici comme la période comprise entre 1501 et 1800.
[25] On trouve cependant quelques références en lien avec des épisodes de la vie de ces auteurs dans les guides du XIXe siècle : Black’s Picturesque Tourist, p. 327, W. RHIND, op. cit., p. 176, 179-180
[26] Le roi Macbeth historique a régné de 1040 à 1057.
[27] Quand les balades citées dans le corpus étudié renvoient à un événement datable, comme par exemple la bataille de Flodden (1513) pour la balade Flowers of the Forest, elles ont été classées dans le siècle auxquelles elles font référence.
[28] Comme pour les graphiques, l’année 1801 a été considérée ici comme le seuil faisant entrer dans l’époque contemporaine. La périodisation académique dans le monde anglophone diffère légèrement des habitudes françaises. On y distingue généralement une early modern period commençant vers 1500 et s’achevant vers 1750, ce qui correspond approximativement au début de l’industrialisation du Royaume-Uni, et une modern period allant de l’industrialisation à aujourd’hui. L’expression contemporary history ne s’applique que pour la période postérieure à 1945.
[29] Sur la controverse ossianique voir Fiona STAFFORD, The Sublime Savage: A Study of James Macpherson and Ossian, Édimbourg, Edinburgh University Press, 1988.
[30] Paul BAINES, « Ossianic Geographies: Fingalian Figures on the Scottish Tour, 1760-1830 », Scotlands, vol. 4, 1, 1997, p. 44-61.
[31] La seule référence à un lieu en relation avec un auteur gaélique se trouve dans le guide Anderson des Highlands, au sujet du lieu-dit d’Aultnacaillich dans le comté du Sutherland, où est né le poète Rob Donn (1714-1778). Les auteurs du guide, habitants d’Inverness, sont eux-mêmes originaires des Highlands. George et Peter ANDERSON, Guide to the Highlands […], p. 585-589.
[32] https://www.visitscotland.com/fr-fr/things-to-do/attractions/tv-film/outlander., consulté le 19 août 2025.
[33] Le propos serait à nuancer davantage si l’on incluait les œuvres renvoyant au XIXe et au XXe siècle : c’est la région d’origine de James Matthew Barrie – on peut visiter la maison de son enfance à Kirriemuir – et s’y trouve aussi la région des Mearns, où se déroule la trilogie A Scots Quair de Lewis Grassic Gibbon (1901-1935), une œuvre majeure de la Renaissance écossaise du XXe siècle. Un Grassic Gibbon Centre, à Arbuthnott, entretient le souvenir de cet auteur.
[34] N. WATSON, op. cit., p. 170.
[35] R. CRAWFORD, Scotland’s Books, p. 405.
[36] Jacques LÉVY, « Pays », in Jacques LÉVY, Michel LUSSAULT (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Paris, Belin, 2013, p. 752.
[37] Roger BRUNET, Robert FERRAS, Hervé THÉRY (dir.), Les Mots de la géographie : dictionnaire critique, Montpellier- Paris, RECLUS-Documentation française, 1993, p. 371.
[38] Walter Scott était un partisan de l’union de l’Angleterre et de l’Écosse, ce qui justifierait d’inclure l’Angleterre dans le « pays de Scott » au sens de nation. Ce n’est cependant pas l’avis de William Sharp (1855-1905), qui propose une véritable réflexion argumentée sur les pays littéraires en général, et sur l’étendue du pays de Scott en particulier, qu’il limite à l’Écosse. William SHARP, Literary Geographies, Londres, Pall Mall Publications, 1904, p. 56-73
[39] Les Mots de la géographie…, p. 371.
[40] « Le lieu est un espace ‘au sein duquel le concept de distance n’est pas pertinent’ (Lévy, 1994), donc c’est l’espace de l’échelle la plus restreinte. […] La possibilité doit toujours exister de pouvoir contrôler ‘physiquement le lieu par la marche brève ou le déplacement rapide et/ou la vue […], Michel LUSSAULT, « Lieu », in Jacques LÉVY, Michel LUSSAULT (dir.), op. cit., p. 561-563.
[41] Ce pays littéraire scottien a fait l’objet d’un colloque dont les actes ont été édités sous le titre suivant : Ian BROWN (dir.), Literary Tourism: The Trossachs and Walter Scott, Glasgow, Scottish Literature International, 2012.
[42] W. RHIND, op. cit., p. 70.
[43] N. WATSON, op. cit., p. 156 sqq.
[44] G. et P. ANDERSON, Guide to the Highlands […], p. 405 ; Black’s Picturesque Tourist of Scotland […], p. 219 ; W. RHIND, op. cit., p. 79.
[45] Sept guides sur les huit du corpus des années 2010 à nos jours mentionnent La Dame du Lac au sujet des Trossachs ou du loch Katrine.
[46] N. WATSON, op. cit., p. 131.
[47] Dans les villes écossaises, on donnait autrefois le nom de tolbooth au bâtiment abritant à la fois l’hôtel de ville et la prison, fonctions qui furent séparées en bâtiments distincts au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Le sporran est la bourse qui est traditionnellement portée avec le kilt.
[48] W. RHIND, op. cit., p. 260-261.
[49] Andy Arthur, « The Thread about Jeanie Deans Cottage, a Famous but Misattributed Scottish Literary House », site Threadinburgh : Obscure, Unusual, Irreverent Edinburgh and Leith Local History, https://threadinburgh.scot/2024/11/30/the-thread-about-jeanie-deans-cottage-a-famous-but-misattributed-scottish-literary-house/.
[50] Anderson’s Tourist Guide through Scotland […], p. 183 ; Black’s Picturesque Tourist of Scotland […], p. vi, x.
[51] Voir par exemple Insight Guide, 2024, p. 166.
[52] Moffat Centre for Travel and Tourism Business Development, « Visitor Attraction Monitor 2014 », p. 13-14, https://www.gcu.ac.uk/research/researchcentres/moffatcentre/visitor-attraction-reports/visitor-attraction-monitor, consulté le 10 septembre 2025.
[53] David HEWITT, « Scott, Sir Walter… », art. cit.
[54] R. CRAWFORD, Scotland’s Books…., p. 414.
[55] Maurice LINDSAY, Robert Burns: The Man, his Works, the Legend, Londres, Robert Hale, 1979, p. 342 sqq.
[56] Robert CRAWFORD, The Bard. Robert Burns, a Biography, Londres, Jonathan Cape, 2009, p. 3.
[57] Dauvit BROUN, « Macbeth, [Mac Bethad mac Findlaích] (d. 1057) », Oxford Dictionary of National Biography, 2004. Shakespeare tire ses informations sur Macbeth des Chronicles (1577) de Ralph Holinshed, qui lui-même tient ses connaissances d’Historia gentis Scotorum (1527) d’Hector Boece, historien écossais loin d’être fiable, surtout sur les « âges obscurs » de l’histoire de son pays.
[58] John GIFFORD, Dundee and Angus, Londres, Yale University Press, coll. « Pevsner Architectural Guides », 2012 ; David W. WALKER, Matthew WOODWORTH, Aberdeenshire: North and Moray, Londres, Yale University Press, coll. « Pevsner Architectural Guides », 2015.
[59] Régis DEBRAY, Introduction à la médiologie, Paris, Presses universitaires de France, 2000, p. 42-51.
[60] De même que le tourisme participe au maintien et à la transmission du patrimoine bâti, comme l’a démontré Olivier Lazzarotti (O. LAZZAROTTI, Patrimoine et tourisme : histoire, lieux, acteurs, enjeux, Paris, Belin, 2011).
Résumé
Au XIXe siècle, le tourisme littéraire était très pratiqué en Écosse : de nombreux voyageurs venaient voir les sites mis en valeur dans l’œuvre de Walter Scott, Robert Burns ou d’autres auteurs. Ces pratiques existent encore aujourd’hui, dans une certaine mesure. La fiction littéraire et audiovisuelle renvoie à certaines périodes de l’histoire de l’Écosse plus qu’à d’autres, et est à l’origine de sites touristiques qui peuvent former de véritables pays littéraires. Un traitement statistique et cartographique des informations fournies par les guides touristiques permet de révéler ces logiques.
Abstract
In the 19th century, literary tourism was very popular in Scotland: many travelers came to see the sites featured in the works of Walter Scott, Robert Burns, and other authors. These practices still exist today, to a certain extent. Literary and audiovisual fiction refer to certain periods in Scottish history more than others, and have given rise to tourist sites that can form literary countries. Statistical and cartographic analysis of the information provided by tourist guides reveals these patterns.
Mathieu MAZÉ
Université Versailles Saint-Quentin, DYPAC