Cosa sarebbe la vita umana senza quelle città naturali che sono le foreste? Dalle cime delle montagne sembrano stradine tagliate e levigate, ma dove passeggeremmo se non in questa erba tanto alta?
Henry David Thoreau, Il Mattino interiore1.
Au fur et à mesure que notre monde est devenu de plus en plus industrialisé et urbain, coupé de la nature, dans un mode de vie qui l’exploite jusqu’à la détruire, la sensibilité pour les problématiques écologiques et environnementales s’est accentuée. En même temps, la littérature, tout comme la recherche littéraire, a montré son intérêt croissant envers ce monde naturel en danger, dans lequel l’homme se voit être l’un des éléments qui le composent, l’habitent et, surtout, l’acteur qui le modifie. Le terme anthropocène2, inventé dans les années 1980, popularisé à partir des années 2000 et désormais employé de manière courante, évoque les conséquences de l’action humaine sur les êtres vivants et l’environnement3. Selon le GTA, c’est-à-dire le « groupe de travail sur l’Anthropocène »4 formé en 2009 pour examiner la possibilité de formaliser cette nouvelle ère géologique, « l’humain a suffisamment changé la Terre depuis le XXe siècle que les normes reconnues (par exemple, la concentration de certaines molécules dans les sols, comme le plutonium) pour l’Holocène ont été dépassées, et ce, suffisamment pour justifier une nouvelle époque »5. En réalité, même si en mars 2024, la SSQ, la « sous-commission sur la stratigraphie du Quaternaire »6, époque dans laquelle nous vivons, a rejeté la formalisation de l’Anthropocène en tant qu’ère géologique, « le terme persistera probablement, car plusieurs disciplines, y compris les sciences sociales et les sciences pures, semblent l’avoir adopté pour décrire la période où l’activité humaine est devenue une force dominante globale »7.
Au-delà du débat autour de la confirmation ou non de cette nouvelle ère géologique8, il est indéniable que les actions menées par l’homme ont joué un rôle majeur dans le changement climatique qu’on peut constater au niveau planétaire. Comme le rappellent, entre autres, Riccardo Barontini et Pierre Schoentjes, l’action humaine détermine une rupture dans les équilibres de la biosphère et entraine des conséquences durables sur l’écosphère9. Notre planète est en danger, et nous avec elle : une conscience écologique et une attention à l’environnement se sont développées et ne cessent de s’accroitre. Les textes littéraires reflètent cette tendance et on constate un engagement croissant de la littérature dans la question écologique.
Tout particulièrement en France, « depuis les années 2010, qui voient se populariser le combat écologique, ce processus a subi une accélération »10. Les liens que l’homme tisse avec l’environnement, dont le monde végétal au cœur de notre dossier, font de plus en plus l’objet de récits, nostalgiques, émerveillés ou lanceurs d’alerte, et contribuent à la diffusion d’un nouvel imaginaire face au changement. Tant la littérature qui s’adresse spécifiquement à la jeunesse que celle qui se destine à tout lecteur proposent des œuvres qui témoignent de la sensibilité croissante envers la problématique environnementale et, plus généralement, du rapport de l’homme au monde naturel et aux êtres qui l’habitent. Dans ce contexte, l’écopoétique et l’écocritique, « plus souvent complémentaires qu’antagonistes »11, se développent autour d’un même objet d’étude, c’est-à-dire celui des représentations du rapport entre les hommes et la nature.
L’écologie, science qui étudie l’environnement qu’on habite (οἶκος), s’interroge aussi sur la manière dont on l’habite ou dont y cohabite avec d’autres vivants ou plus précisément sur la manière dont il faudrait l’habiter. Ce sera le point de départ de ce dossier de la revue L’Entre-deux qui vise à explorer, plus en particulier, les représentations littéraires d’un autre habitant spécifique qui est le végétal.
Le végétal a un statut particulier dans notre relation au vivant. Nous nous inquiétons de la disparition des grands mammifères, des oiseaux, des insectes, mais nous souffrons généralement de « cécité botanique »12 qui nous rend incapables de voir les plantes qui nous entourent, comme si le vert qui constitue nos paysages allait de soi. Nous ne prêtons pas attention aux plantes car notre cerveau ne considère pas cette information comme pertinente à moins qu’il n’ait été formé à les regarder. Nous ne savons pas les nommer, ni les décrire, nous intéressent au mieux celles qui portent des fleurs ou celles qui se mangent.
En s’insérant dans les recherches actuelles sur les représentations du rapport entre les hommes et le monde végétal, les contributions qui constituent ce numéro de revue se proposent de remettre au cœur de la réflexion notre expérience des plantes. Elles se donnent pour objectif d’étudier et interroger leur présence dans les textes littéraires et la représentation de la relation que l’être humain tisse avec elles, trop longtemps caractérisées par la marginalisation. Comme l’évoque Marie-Thérèse Jacquet,
Le règne végétal entendu comme cadre quotidien des sujets urbanisés tels que sont aujourd’hui la majorité des gens relève de l’artificiel, voire du virtuel. Sa copie a souvent conquis l’éternité ou s’est faite photo ; c’est désormais un regard autre qui s’y attarde, il n’est plus question de cohabitation. Ce regard en a fait autre chose.
La marginalisation du règne végétal naturel est certes indéniable […], la nature a reconquis un espace différent mais réel. Elle aussi s’est paradoxalement urbanisée, « métropolisée ». L’homme a su l’attirer à soi, décider de la choisir. Il a pris en mains sa place dans l’univers et un autre rapport s’installe. Le regard s’attarde, différent13.
La cohabitation parmi les êtres ne peut pas être indifférente aux changements vécus par le monde actuel. Comme l’affirme Marinella Termite, « [i]l ne s’agit plus de recenser le vivant dans ses nombreuses formes (végétale, animale, minérale, humaine), mais d’attraper leurs maniements et leurs remaniements continuels »14. Dans cette lignée, l’idée principale est celle de prendre en considération la place que tous les êtres recouvrent et reconfigurent vis-à-vis du changement, en dépassant le regard anthropocentrique prépondérant à l’heure actuelle : « [c]o-habiter n’est pas coexister, c’est faire l’épreuve de l’interdépendance des vivants entre eux, humains et non-humains »15. Dans nos sociétés occidentales, en particulier en Europe, nous sommes loin de la wilderness vécue et racontée par Henry David Thoreau dans son chef d’œuvre Walden16 ou encore dans ses autres écrits, puis théorisée par Aldo Leopold17. Le monde naturel a subi des variations tellement importantes qu’il est désormais impossible d’envisager un retour en arrière, mais il est fondamental d’envisager une réconciliation de l’homme avec la nature, selon une perspective de « solidarité écologique »18 qui tienne compte de ce changement.
Ce dossier se propose donc d’étudier la manière dans laquelle les textes littéraires font vivre ou revivre au lecteur cette relation entre le monde humain et le monde végétal, en perpétuelle évolution, et décryptent cette énigme à laquelle l’arbre est associé : de quoi l’arbre est-il le symbole ? À la fois de résistance, lenteur, résilience, adaptation, renaissance, grandeur, croissance, longévité. Face aux changements, qu’ils soient d’ordre climatique, social ou éthique, comment la littérature peut-elle refavoriser, ou bien renouveler et réconcilier, la relation entre l’humain et le végétal ?
Ernst Heinrich Haeckel est le premier à avoir utilisé le terme « écologie »19, selon lequel l’idée de nature est associée à « la relation qui s’instaure entre l’environnement et les êtres vivants, et donc entre l’environnement et l’homme. On peut donc affirmer que, bien qu’elle soit empruntée à la science, l’image proposée par l’écologie est celle de l’‘être dans la nature’ en tant que condition première de l’être humain »20. On part de l’étymologie du terme où oikos signifie « maison », « habitat » pour s’élargir ensuite à la sphère biologique, jusqu’à prendre en considération la Terre et ses équilibres21. L’étude de l’homme et de la maison dans laquelle il habite, et co-habite, des relations qu’il tisse avec les autres êtres (qu’ils soient vivants et non-vivants – animaux, minéraux, végétaux), amène à réfléchir également sur les comportements et les attitudes vis-à-vis de cette maison commune et de ses habitants, en promouvant des stratégies communes d’action et de sauvegarde de l’environnement.
La fin du XXe et le début du XXIe siècle marquent un tournant dans la perception de la nature de la part de l’homme et dans cette relation entre les deux. À la définition initiale d’« écologie », s’ajoutent au moins deux autres significations. D’abord, comme le rappelle Niccolò Scaffai, il devient naturel que cette discipline s’occupe également de l’étude des activités (surtout agricoles et industrielles) qui se développent en relation avec l’environnement et qu’elle désigne également l’ensemble des problèmes environnementaux et des mesures à prendre pour préserver l’équilibre naturel22.
La filosofia dell’ambiente si concentra dunque sul rapporto dell’uomo con la natura in cui egli, concretamente, vive; che egli, fattivamente, amministra.
Concepire la natura come « casa », e dire che esiste una scienza chiamata ecologia, ci fa riflettere anche sui nostri atteggiamenti di gestione delle risorse naturali.
Appare dunque chiaro che una filosofia dell’ambiente non può non essere anche una eco-nomia: uno studio teso a stabilire i presupposti e le regole relative all’uso che di questo ambiente noi facciamo. È per questo che tanta parte, nello sviluppo della riflessione ambientale, hanno avuto le critiche mosse a determinati modelli socio-economici. Sul piano morale, alla domanda sull’essenza della natura, si sostituisce allora quella sul valore della natura23.
Quelle est donc notre attitude vis-à-vis de cette « maison » commune ? Dans quelle mesure nous respectons les autres êtres qui l’habitent ?
À ce propos, à la fin des années 1940, Aldo Leopold nous rappelait déjà l’importance de la valeur de la nature et proposait l’idée d’une land ethic, c’est-à-dire une éthique qui déplace son centre d’intérêt de l’homme à la terre24. Selon celui qui est considéré comme le père de la pensée environnementale, l’homme n’est que l’un des membres, tout comme les autres animaux, les végétaux, les eaux, etc., de ce système d’équilibres et de relations et interrelations que la terre représente25.
A land ethic of course cannot prevent the alteration, management, and use of these “resources”, but it does affirm their right to continued existence, and, at least in spots, their continued existence in a natural state.
In short, a land ethic changes the role of Homo sapiens from conqueror of the land-community to plain member and citizen of it. It implies respect for his fellow-members, and also respect for the community as such.
In human history, we have learned (I hope) that the conqueror role is eventually self-defeating. Why? Because it is implicit in such a role that the conqueror knows, ex cathedra, just what makes the community clock tick, and just what and who is valuable, and what and who is worthless, in community life. It always turns out that he knows neither, and this is why his conquests eventually defeat themselves26.
Comme, un siècle plus tôt, Henry David Thoreau qui racontait à ses lecteurs comment la nature est, peut-être, la seule force qui le soutient et un modèle à suivre pour mener une existence en harmonie avec les autres êtres et construire une nouvelle société, plus proche de la nature humaine27, Aldo Leopold affirme la nécessité de sortir de l’optique individualiste et répandue à son époque qui promeut la centralité de l’homme sur la nature pour aller vers une vision holistique et bio-communautaire, s’appuyant sur la relation entre tous les êtres vivants. Il se fait le porte-parole de l’idée de protection de cette nature sauvage que l’homme a toujours considérée comme acquise, jusqu’au moment où le progrès a commencé son action dévastatrice28. Et il ajoute :
When we see land as a community to which we belong, we may begin to use it with love and respect. [...]
That land is a community is the basic concept of ecology, but that land is to be loved and respected is an extension of ethics. That land yields a cultural harvest is a fact long known, but latterly often forgotten29.
Dans la lignée des recherches actuelles sur les représentations littéraires de ces relations, pensons en particulier à l’écopoétique et aux plant studies30, le monde végétal, en tant que cadre du récit ou élément autour duquel l’action se développe, se situe au cœur des contributions qui constituent notre dossier. En particulier, en approfondissant la réflexion entamée dans le cadre du colloque international « Littérature et écologie : entre fin du monde et résilience »31 qui s’est tenu à l’Université Grenoble Alpes le 18 et 19 avril 2024 et dont l’objectif principal était de confronter des discours littéraires sur la crise climatique dans diverses régions du monde, dans diverses époques et selon diverses perspectives, les différentes contributions, dont certaines sont issues de communications proposées dans le cas de cette manifestation scientifique, se proposent d’analyser la place et le rôle des végétaux dans les œuvres littéraires. L’objectif de ce dossier est d’interroger les représentations du monde végétal dans la littérature tant générale que de jeunesse afin de saisir comment ces représentations nous aident à repenser notre relation à la nature et à l’environnement.
Tu mets tes mains sur les nervures du tronc,
on dirait des veines apparentes,
tu lis le braille, la page du jour.
Tu peux revenir demain,
ouvrir une autre page, palper l’aubier
sous l’écorce, un palimpseste
qui attend son heure.
Lis l’arbre.
Emmanuel Merle, « Le Livre de l’arbre », Habiter l’arbre32.

Figure 1 : Vert © Chiara Ramero.
Bien avant la fin du XXe siècle qui voit s’accroitre la sensibilisation aux questions environnementales, les textes littéraires, adressés tant aux adultes qu’aux jeunes, décrivent, étudient, analysent, à travers le récit, le monde végétal et ses relations avec l’homme. Bien avant la fin du XXe siècle, on lit les arbres. Comme nous le rappelle Sara Buekens, « ‘Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi’ (« Toi, Tityre, couché sous le vaste feuillage de ce hêtre ») est le célèbre incipit de la première églogue des Bucoliques de Virgile »33 : des bergers, accompagnés de leurs animaux, chantent la beauté de la forêt et célèbrent leur harmonie avec la nature pastorale qui les entoure et dont ils font partie. Ou si on pense à la littérature italienne, le premier poème dont on connait l’auteur est le « Cantique des créatures » écrit par saint François d’Assise autour de 1224. Ce premier poème en italien vulgaire, connu sous le titre de « Cantico di Frate Sole », c’est un hymne aux créatures divines, en relation à Dieu et à l’homme. Parmi les éléments pour lesquels Dieu est loué, l’auteur mentionne la nature :
Laudato si’, mi’ Signore, per sora nostra matre Terra,
la quale ne sustenta et governa,
et produce diversi fructi con coloriti fiori et herba34.
Malgré la vision anthropocentrique à la base du poème, dans lequel les créatures sont louées non seulement pour leur beauté et leur force, mais également pour leur précieuse utilité pour les hommes, l’image générale est celle d’un monde régi par une harmonie parmi toutes les créatures, y compris les fleurs et les herbes35.
Ou encore, plus près de nous, Alison Lurie, par exemple, affirme que, à partir de 1850 alors que l’Angleterre s’urbanise et s’industrialise, dans la littérature anglophone adressée aux enfants, les références à la religion ont été remplacées par ce qu’elle appelle « le culte de la nature »36. Cette dernière, présentée comme « divine, naturellement bonne, une source d’inspiration et de remèdes »37, « à la fois puissante et sensible »38, se fait souvent le cadre privilégié des intrigues. Par exemple, dans les recueils de nouvelles Livres de la jungle (The Jungle Book, 1894 ; The Second Jungle Book, 1895) de Rudyard Kipling, le jeune lecteur suit les péripéties des héros, en particulier de Mowgli et des animaux anthropomorphisés qui l’entourent et qui vivent avec lui au cœur de la jungle. De même, certaines œuvres présentent une nature moins accueillante, obscure et dangereuse. Pensons, par exemple, au roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness, 1899) ou aux chefs-d’œuvre L’Appel de la forêt (The Call of the Wild, 1903) et Croc-Blanc (White Fang, 1906) de l’auteur américain Jack London, où les héros, des animaux contraints d’apprendre rapidement les règles de la survie entrent en symbiose avec la forêt.
Plus récemment encore, et en nous focalisant sur la littérature française, dans notre monde bouleversé par les crises, la nature, et plus précisément le monde végétal, prend le visage de nos inquiétudes : dans Un balcon en forêt (1958), Julien Gracq fait de la forêt un refuge, lieu protecteur et témoin de vie et de mort pendant la Seconde guerre mondiale. Dans son récit autobiographique Dans les forêts de Sibérie (2011), Sylvain Tesson en revanche y voit la confrontation au danger, à l’altérité extrême et irréductible contre laquelle il lutte pendant les six mois qu’il a vécus dans une cabane sur la côte nord-ouest du lac Baïkal, au fond de la taïga. Jour après jour, il dévoile au lecteur la métamorphose vécue pendant son ermitage dans les bois, sa « végétalisation »39 expérimentée lors de cette nouvelle existence caractérisée par l’immobilité et accompagnée de la lenteur et du silence : « Mon être s’enracine. Mes gestes ralentissent », il affirme. Dans un monde où, au contraire de ce qui se passe en ville, « le danger de la vie dans les bois provient de la Nature et non de l’Homme »40, épreuve après épreuve, il comprend que « la forêt resserre ce que la vie disperse »41 . Ou encore, dans Naissance d’un pont (2010), Maylis de Kerangal met en scène, dans un récit polyphonique, la destruction « inéluctable » d’un écosystème, habitat d’une tribu amérindienne, au nom du progrès lors de la construction d’un pont suspendu dans une Californie imaginaire.
Les œuvres contemporaines dans lesquelles les arbres, les forêts et les bois sont à la fois héros ou éléments du cadre du récit sont nombreuses. Comme nous le verrons plus tard, les contributions de Karine Beaudoin et Éric Desjardins, de Carine Ariztia, de Mathieu Hilfiger, d’Alice Verneau ou encore d’Evelyne Roux illustrent leurs présences dans certaines œuvres contemporaines issues de différentes littératures et cultures. De leur côté, Léa Polverini les étudie à travers un roman qui évoque la mémoire coloniale, c’est-à-dire Les Figuiers de Barbarie de Rachid Boudjedra, et François Chanteloup propose la relecture d’un classique de la littérature italienne du XXe siècle, Le Baron perché d’Italo Calvino, selon une perspective écopoétique, en faisant des arbres un lieu de vie pour le héros. En outre, grâce à un véritable saut dans le passé, les plantes et les fleurs sont également explorés dans l’œuvre de deux grands auteurs tels que Jean Racine et Marcel Proust, respectivement étudiés par Chândniée C. Tüshâr Iyëngâr et Dehbia Berki.
De même, la présence du végétal (arbres, forêts, bois, herbes, fleurs) n’est pas non plus une rareté dans les œuvres de jeunesse ou que la jeunesse s’est appropriées, comme le montrent les contributions de Luca Cipriano, Elena Zizioli et Giulia Franchi, Christiane Connan-Pintado, Letterio Todaro. Les livres pour les jeunes lecteurs illustrent et racontent tous les éléments de la nature, dont l’arbre, afin de les faire connaitre, de favoriser une existence commune, de « donner des pistes de réflexion, de soulever des questionnements chez l’enfant et de le plonger dans une sorte de laboratoire et de lieu d’exploration de tous les possibles »42. Pour en donner quelques exemples, dans Mouha (2019) de Claude Ponti ou Tobie Lolness (2006-2007) de Timothée de Fombelle, l’arbre est la maison et l’univers tout entier dans lequel vivent les jeunes héros ; dans L’Arbre sans fin (2007) du même Claude Ponti, le végétal évoque la mort et le deuil ; au contraire, dans Gustave est un arbre (2004) écrit par Claire Babin et illustré par Olivier Tallec, il incarne un rêve ; ou encore, pour le protagoniste de L’Arbre lecteur (2003) de Didier Lévy et Tiziana Romanin, l’arbre de son jardin est le destinataire de ses curiosités ; dans Mama Miti, la mère des arbres : prix Nobel de la paix (2008), écrit et illustré par Claire A. Nivola, les arbres expriment l’espoir d’une communauté. Ils représentent non seulement un lieu protecteur, mais également un élément à protéger43, dans l’idée de sensibiliser les jeunes au respect de l’Autre, quelle que soit sa nature, et de les éduquer à éduquer44. Et il ne s’agit que de quelques exemples parmi les nombreuses œuvres de jeunesse qui mettent en scène les arbres. Pensons également aux nombreux livres documentaires qui renseignent et émerveillent les jeunes lecteurs autour de la richesse du règne végétal ou, même en abordant des sujets plus vastes, lui consacrent certains de leurs approfondissements.
Ou encore, en explorant d’autres genres littéraires, les Contes botaniques (2020) de Laurent Contamin nous font entendre, à travers dix histoires, les voix, tendres ou sérieuses, de dix arbres, tandis que dans les Cent haïkus pour le climat (2017) du même auteur, rien n’est laissé au non-dit :
Hommes et arbres
un même destin :
le stress thermique45.
Quand la forêt brûle
rien ne sert de chercher une clairière
où s’abriter46.
Laurent Contamin réalisa ce recueil après une résidence d’écrivain « aux Laboratoires des Sciences du Climat et de l’Environnement, sur le Plateau de Saclay, en Région parisienne, à l’initiative du climatologue Gilles Ramstein, durant l’hiver 2015/16 »47, au moment de la COP 21. Comme il l’affirme,
le haïku est vraiment l’écho transcrit de l’émerveillement face à la nature, dans une très grande économie de mots – et donc d’encre et de papier ! […]
Ces très courts poèmes de trois lignes et trente-et-une syllabes – dont le principe est de faire résonner, chez celui qui l’écrit comme chez celui qui le lit – paysage extérieur et paysage intérieur, sont une injonction aussi simple que forte à nous laisser questionner par notre environnement, à habiter poétiquement le monde. Oui, décidément, le haïku offre, me semble-t-il, une bonne porte d’entrée littéraire à qui souhaite s’intéresser aux interactions des êtres vivants avec leur environnement – autrement dit, ni plus ni moins à l’écologie48.
Les arbres et les forêts, entre émerveillement et danger, sont également sollicités et présents dans ce riche recueil.
Et n’oublions pas les romans pour adolescents, comme par exemple ceux de Xavier-Laurent Petit, L’Attrape-rêves (2009), Itawapa (2013) et Un monde sauvage (2015), où la forêt, qu’elle soit du Montana, amazonienne ou sibérienne, est au cœur du récit. À la fois protectrice, réconfortante, refuge, lieu de l’étrangeté, du danger et de l’aventure, sa sauvegarde, et celle de ses habitants, se fait le moteur de la narration49.
Tant dans la littérature dite « générale » que dans celle de jeunesse, « on lit » le végétal dans toute sa beauté, sa variété, sa force et sa faiblesse. Page après page, on parcourt son existence et on découvre son agentivité narrative.
En dépassant toute frontière historique, géographique ou générique, ce dossier étudie plusieurs œuvres littéraires issues de différentes littératures racontant le monde végétal à travers des récits qui proposent au lecteur de retrouver le lien avec la nature ou d’inventer une relation nouvelle, renouvelée, avec celle-ci50.
Certes, les lieux que la fiction fait surgir sont divers : de la littérature « verte », plus traditionnellement liée à la représentation de la campagne et de la nature sauvage, à la littérature « marron », qui s’est développée récemment, faisant une place significative aux atteintes portées à l’environnement […]51.
Ainsi, nous nous situons dans une perspective écopoéticienne et écocritique qui ne se limite pas à une approche synchronique de la littérature contemporaine, mais aborde également des textes littéraires antérieurs à l’anthropocène qui ont su mettre en valeur le monde végétal.
Littérature contemporaine, ou de l’extrême contemporain, et des siècles passés, roman, poésie, théâtre, nouvelle, album, conte… ce dossier propose au lecteur une « promenade végétale »52 dans des différentes époques et à travers des genres variés, en gardant comme fil conducteur le végétal (arbre, forêt, bois, fleur, herbe, etc.). La relation entre le sujet et l’environnement, entre émerveillement, beauté et résilience (Elena Zizioli et Giulia Franchi), participation et adaptation (François Chanteloup, Evelyne Roux, Luca Cipriano, Letterio Todaro, Karine Beaudoin et Éric Desjardins, Aline Verneau), observation et résistance (Léa Polverini, Christiane Connan-Pintado), désir, renouveau et croissance (Mathieu Hilfiger, Dehbia Berki, Chândniée C. Tüshâr Iyëngâr) est étudiée et valorisée à travers les différents articles. En outre, diverses manières de l’« habiter ensemble » sont proposées (Carine Ariztia).
À travers les œuvres relues par les contributeurs, tant la littérature « verte » que celle dite « marron » sont interrogées et analysées et la notion d’écologie abordée selon toutes ses significations53. La narration se fait symbole de force, de rencontre, de mémoire, de régénération, de résilience, l’écriture lieu d’une expérience sensible du vivant, et la lecture, comme le suggère Luca Cipriano en relation aux albums, « pratique esthétique contemplative et sensorielle ».
I went to the woods because I wished to live deliberately, to front only the essential facts of life, and see if I could not learn what it had to teach, and not, when I came to die, discover that I had not lived.
Henry David Thoreau, Walden54.

Figure 2 : Promenade végétale © Chiara Ramero.
À l’instar du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le végétal et l’environnement (GRIVE), pour lequel la « promenade végétale » ne désigne pas forcément un lieu, mais renvoie à une interaction entre le promeneur et son milieu, à une attention envers le monde végétal qui l’entoure55, nous proposons au lecteur une promenade de texte en texte, de page en page. Envisager la lecture littéraire comme moyen pour vivre cette relation avec le végétal est l’objectif principal de notre dossier. S’interroger sur la manière dans laquelle les textes littéraires, quelle que soit leur nature ou leur destinataire envisagé, font vivre au lecteur une expérience esthétique et sensible du végétal est également au cœur de nos intentions.
Quand on pense à un arbre qui pousse, à ses branches qui touchent le ciel, à une fleur qui s’épanouit, on est automatiquement rapprochés des idées de croissance, de (re)naissance, de régénération.
En suivant en parallèle la croissance du lecteur, les premières contributions présentes dans ce dossier proposeront une réflexion autour de la littérature de jeunesse ou d’œuvres que les jeunes lecteurs se sont appropriées. On constate en effet une augmentation de la place que les œuvres accordent au végétal qui se développe en parallèle avec la croissance de l’agentivité des végétaux au sein des récits. Les arbres se font de plus en plus actifs au niveau de la narration, tout comme la prise de conscience de leur importance de la part du lecteur. La littérature de jeunesse se fait la porte-parole, comme le rappelle Serenella Iovino à propos de la littérature générale, d’un « activisme environnemental », c’est-à-dire une « intention politique pour stimuler des nouvelles attitudes et comportements envers l’environnement »56, en soulignant l’intention épistémologique et politique de la littérature. Dans cette lignée, les œuvres de jeunesse favorisent chez les plus jeunes la prise de conscience de l’importance du rapport entre l’individu et le végétal et véhiculent un discours éthico-pédagogique.
La littérature de jeunesse suit ce mouvement éthico-environnemental expérimenté par celle pour les adultes. Comme l’enfant qui tend vers le haut et grandit, l’arbre conquiert un rôle fondamental dans le récit et devient le promoteur d’une conscience écologique chez le jeune lecteur. Elena Zizioli et Giulia Franchi nous montrent comment les albums, avec ou sans texte, documentaires ou de photographie, peuvent éduquer l’enfant à la relation avec les plantes, les herbes et les fleurs, à travers une véritable « pédagogie de l’engagement », et « réaffirmer la capacité de la nature, dans ses manifestations les plus marginales, à être une métaphore de résilience et de mémoire ». La narration comme forme de rencontre et de renaissance, ou encore gardienne de mémoire, est au cœur du magnifique projet « Dentro i libri »57 (Dans les livres), qui, depuis 2018, propose aux femmes détenues à la prison de Rebibbia de Rome l’art comme liberté et la narration de la nature comme métaphore de régénération, à travers la lecture d’albums et la réalisation d’activités sensorielles et collaboratives. Les deux chercheuses évoquent plusieurs œuvres de jeunesse où le végétal, symbole de résilience, recouvre une place fondamentale au niveau narratif et esthétique et stimule des interrogations chez la lectrice, dans le cadre du projet « Dentro i libri », ou plus en général chez les jeunes lecteurs. Dans la même lignée, Luca Cipriano nous propose un corpus international qui, de l’Occident à l’Orient, explore un imaginaire associé à l’arbre : un être généralement à « sauvegarder » pour l’Occident et avec lequel « vivre » pour l’Orient. Sujet narratif et dispositif pédagogique, l’arbre est représenté, dans les albums qu’il étudie, comme un élément capable de favoriser une sensibilité et une conscience écologiques chez les jeunes lecteurs : « Il ne s’agit donc pas de ‘sauver la nature’, mais de reconnaitre à quel point nous faisons déjà partie d’elle, à quel point ses blessures sont aussi les nôtres ». Dans sa contribution, Luca Cipriano explore les différentes représentations de l’arbre et les fonctions de la narration qui, en imitant les rythmes propres aux végétaux et en transmettant leur vitalité à travers les récits et les images, exprime toute sa force formatrice et pédagogique. De même, l’arbre joue un rôle majeur au sein du conte, comme nous le montre Christiane Connan-Pintado. Elle propose, en particulier, une riche étude de la forêt qui est, selon elle, le « territoire d’élection du conte » et « constitue le topos le plus évident de ce genre littéraire ». Elle analyse ainsi la présence de l’arbre dans les contes des Grimm et ses différentes fonctions au sein du récit : décor, témoin, complice ou adjuvant du héros, etc. Les trois romans anglophones contemporains de jeunesse ensuite étudiés par Letterio Todaro, de leur côté, intéressent un lecteur un peu plus âgé, mais toujours jeune, et mettent en valeur la notion d’écologie à travers le thème de la relation et de la communication entre l’individu et le monde, ici représenté par la conversation qui se pratique entre les jeunes héroïnes, Olivia, Lucy et Sylvia, et les arbres ou leurs habitants. Les trois romans, de Natasha Farrant, Linda Newbery et David Almond, narrent le véritable « pacte narratif » qui se crée entre le monde humain et le monde végétal.
Deux romans et une pièce de théâtre sont au cœur de la contribution proposée par Carine Ariztia où la jeunesse et sa relation avec le monde végétal, comme dans les articles précédents, continuent d’être le moteur de la narration. La situation de précarité et de fragilité qui souvent caractérise l’époque transitoire qui est celle de la jeunesse résonne avec la condition des forêts menacées évoquées par la chercheuse. Comme elle le souligne, les auteurs et autrices des œuvres de son corpus, Agathe Charnet, Hervé Joubert et Anouk Lejczyk, inventent ainsi des nouvelles façons d’habiter ensemble le monde. De même, Cosimo, héros du Baron perché d’Italo Calvino, forge une nouvelle manière d’habiter le monde : à l’âge de 12 ans, il décide de grimper sur un arbre et de ne plus y descendre, en passant toute sa vie parmi les branches et les oiseaux. François Chanteloup reparcourt l’existence de ce personnage qui, en embrassant le végétal, décide de vivre avec lui et de tisser « un rapport tant intellectuel que corporel avec les arbres ». L’univers végétal, qui devient partie intégrante de la vie du héros et agit dans le récit comme un personnage à part entière, représente ce changement que les paysages de la Ligurie, région italienne où habite l’auteur, commencent à vivre dans les années 1950, caractérisées par une urbanisation rapide. Le chercheur nous propose une riche lecture écopoéticienne du célèbre roman d’Italo Calvino, en s’appuyant sur des notions-clés comme celles d’« s’enforester » (Morizot), « s’ensauvager » (Corbin), « solastalgie » (Albrecht) ou encore « toponésie » (Heneghan)58 que le jeune héros expérimente page après page, feuille après feuille. La vie au contact de la nature, et en particulier du végétal, est également au cœur de la contribution d’Evelyne Roux. La chercheuse nous propose une étude autour de l’œuvre littéraire et artistique de Claudie Hunzinger en lien avec le courant du plant turn. Comme Cosimo, l’écrivaine et artiste s’immerge dans l’univers végétal qu’elle raconte sur la page et sur la toile, en expérimentant un nouveau rapport sensible au monde végétal59. En partant d’un sentiment d’étrangeté généralement vécu par l’homme face au végétal, Evelyne Roux étudie les différents rôles joués par les plantes dans le roman autobiographique (ou écobiographique) de l’écrivaine, Bambois, la vie verte, et dans son processus de création artistique dans le cadre du projet v’herbe : gardiennes du temps, agents, sources de réflexion ou encore éléments qui entourent les personnages et les absorbent. L’écrivaine-artiste accueille la parole des végétaux, écoute leurs sensations et « collabore » avec eux.
La présence du végétal est également étudiée par Léa Polverini, en particulier à travers le roman Les Figuiers de Barbarie de Rachid Boudjedra. Dans cette œuvre, le végétal est à la fois le symbole de la résistance à l’ennemi, de la lutte indépendantiste et de la mémoire coloniale, le prisme et la preuve des atrocités vécues ou encore le porteur de stéréotypes racistes. Si le figuier est « la plante qui porte l’anathème de la barbarie prêtée aux colonisés, et réappropriée par ces derniers », le mûrier représente un point de repère, un refuge pour le narrateur, tout comme le maquis qui se fait « foyer de résistance héroïque ». La chercheuse propose une lecture du roman de Boudjedra à travers la présence et le rôle joués par les végétaux et en retraçant l’héritage de la violence coloniale en Algérie.
En changeant de contexte, deux contributions nous amènent dans un monde « autre », entre la dystopie et la science-fiction. Les trois romans contemporains québécois des écrivaines Virginie DeChamplain, Catherine Leroux et Elsa Pépin étudiés par Karine Beaudoin et Éric Desjardins ont comme fil conducteur la forêt, symbole de la relation entre l’homme et la nature dans un contexte de crise environnementale, entre dystopie et uchronie. Ultime chance de survie, elle est choisie par les héroïnes comme « refuge et lieu d’apprentissage où on apprend à survivre, à s’organiser, où on comprend le sens profond de la vie : renaitre et réinventer sans toutefois effacer le passé ». Comme dans d’autres contributions, ce lieu se fait représentation de la résilience, de la régénération et de l’adaptation requise aux personnages dans un cadre de crise environnementale. Aline Verneau, quant à elle, explore le sous-bois. Dans la nouvelle apocalyptique (ou postapocalyptique) Bienvenue, Alyson, de l’autrice autochtone J. D. Kurtness, le végétal « devient acteur du destin de l’ensemble de la planète ». Prenant le contrepied des récits horrifiques auxquels on est peut-être plus habitués, comme The last of us et autres récits de zombies, l’autrice crée un univers apaisé où la fusion de l’humanité avec le végétal rachète l’humanité, qui retrouve enfin la place qu’elle mérite dans le vivant, celle d’un élément au sein du tout. Il nous a semblé intéressant, dans notre dossier, de donner la parole non seulement à la forêt et aux bois, mais également au sous-bois et à ses habitants, à travers cette nouvelle qui s’insère dans le domaine de la science-fiction60.
Et en changeant de registre et d’époque, les dernières trois contributions qui closent ce dossier nous ouvrent à d’autres contextes. Avec Mathieu Hilfiger, nous reparcourons l’œuvre d’Yves Bonnefoy. En particulier, en considérant la poésie, fondatrice de l’être, comme un mouvement curateur, le chercheur analyse la figure de l’enfant qui « a pour charge de réparer la faute du rejet de l’expérience, en tentant de retisser le lien direct au monde, considéré comme perdu ». Il est appelé à réparer le mal adulte, en passant par « la réminiscence du lien perdu avec le monde naturel ». La brindille que l’enfant ramasse et tend aux autres incarne et donne la possibilité à l’adulte de s’ouvrir à l’infini, de retisser les liens avec la parole. Comme la graine « contient » la plante, l’enfant contient l’adulte en germe. Comme la graine, l’enfant exprime son désir de croissance et représente la seule espérance d’un « retour amont ». Chândniée C. Tüshâr Iyëngâr explore la poésie non théâtrale de Jean Racine. Au sein d’une nature propice au renouveau spirituel et « lieu de contemplation humaniste et comme emblème de l’ordre céleste », le végétal (forêts, prairies, jardins, etc.) se présente comme lieu d’intersection entre l’humain et le divin et « reflet de la dévotion religieuse et de la tranquillité intérieure ». L’analyse de la chercheuse souligne l’imagerie végétale dans l’œuvre poétique de Jean Racine où le monde naturel véhicule un discours à la fois moral, théologique et politique et se construit en tant qu’élément actif qui contribue au développement émotionnel et spirituel du sujet. Pour conclure, la contribution de Dehbia Berki nous propose une relecture écopoétique de l’œuvre d’un auteur parmi les plus célèbres de la littérature française : Marcel Proust. Comme elle l’affirme, l’œuvre proustienne « [c]’est d’abord la métaphore d’une plante qui a cru dans tous les sens », qui pousse, se complexifie et se ramifie. La nature, comme support de mémoire et de réminiscence et incarnation du langage du désir, se présente comme un objet à exploiter, un sujet à écouter et « un élément crucial pour accéder à la quintessence du monde ». De sa part, l’écriture « devient un geste de résistance à l’oubli, un acte de fidélité au monde, et peut-être, la forme la plus subtile de défense du vivant ». Dans cette « traversée proustienne » que Dehbia Berki nous offre, nous sommes confrontés à la présence de plantes, de jardins, tout comme au motif floral qui traverse À la recherche du temps perdu.

Figure 3 : Fleurs © Chiara Ramero.
L’alphabet commence sur le tronc,
la phrase – sujet et verbe – va des racines
apparentes au bout des branches.
Mais sous la terre est née la parole,
dans l’air irrité par les rameaux
l’échange resonne.
L’arbre est un iceberg. À son sommet
la lumière du soir se ramasse soudain,
se repose comme un feu sans fumée,
puis s’élance, seule à saisir l’horizon.
Emmanuel Merle, « L’échange », Habiter l’arbre61.

Figure 4 : À saisir l’horizon © Margaux Amar.
Le secret des arbres, symboles de résistance et de solidité, semble être leur immobilité apparente : « è proprio dalla loro incapacità di spostarsi, dal loro essere radicate, che derivano gli straordinari attributi di robustezza che ne caratterizzano l’organizzazione »62. Les êtres vivants incapables de se déplacer ont plus de difficultés à se défendre que les autres. Pour cette raison, ils ont évolué selon une organisation qui leur permet de combler les éventuels manques et une structure dans laquelle chaque partie de leur corps est unique et irremplaçable. Le discours mériterait sans doute un approfondissement en puisant des connaissances dans des domaines spécifiques comme la botanique, mais ce qui nous intéresse ici est la présentation de l’organisation végétale que Stefano Mancuso nous rappelle : « L’organizzazione vegetale è esattamente così: diffusa e distribuita, in grado di rispondere a catastrofiche limitazioni senza per questo perdere di funzionalità. L’esatto opposto dell’organizzazione animale, basata su una rigida gerarchia e specializzazione in cui basta che uno solo degli organi fallisca perchè l’intera organizzazione collassi »63. Tandis que les animaux ont développé la capacité de se déplacer, ce qui leur permet également de fuir les difficultés et y trouver des solutions (voir la migration vers des endroits plus accueillants, la fuite devant les prédateurs, etc.), pour les végétaux, la fuite n’est pas une option possible. Pour faire face aux difficultés, également dues au changement climatique, nos communautés, comme nos villes et nos sociétés devraient imiter l’organisation végétale, distribuée et décentrée, où chaque partie de la plante est capable de survivre, et non s’appuyer sur une organisation animale, où chaque organe est spécialisé et où, en cas de dysfonctionnement ou de perte totale d’un d’eux, tout l’organisme en est « endommagé ». Stefano Mancuso propose donc l’idée de la fitopolis sur laquelle toutes les villes devraient s’appuyer. Elles devraient non seulement être « couvertes » d’arbres, afin de pouvoir résister au réchauffement climatique, mais également se construire en suivant le modèle végétal où la décentralisation et l’autonomie de chaque élément sont fondamentales à la survie.
Les contributions que nous avons parcourues ici témoignent du renouveau de ce lien (re)tissé avec les végétaux, de la prise de conscience de ce besoin de réajustement du rapport avec les autres êtres vivants, dont les plantes et plus en général chaque manifestation du monde végétal. Tant les auteurs du présent que ceux du passé étudiés dans ce dossier expriment, de manière plus ou moins explicite, notre relation avec cet univers vert, en termes de dépendance, d’interaction ou encore de sensibilité.
Si l’immobilité des végétaux est juste apparente, au vu de leur agentivité et de leur évolution constantes64, elle l’est également dans les récits, comme les montrent les nombreuses œuvres étudiées ici qui ont le pouvoir d’agir sur le lecteur, de l’ouvrir à un monde et à des scénarios possibles, de susciter en lui des questionnements. Les histoires, source inépuisable d’idées, de réflexions et d’interrogations, nous offrent sans cesse de nouveaux instruments pour comprendre le monde et agir autrement. Et comme l’affirme Serenella Iovino, « Che in tal modo si offra una chance in più alla sopravvivenza e al percorso evolutivo della nostra specie (e di ogni altra forma di vita che, più o meno direttamente, dipende da noi) è qualcosa su cui vale senz’altro la pena scommettere »65.

Figure 5 : Dans les bois © Chiara Ramero
[1] « Que serait la vie humaine sans ces villes naturelles que sont les forêts ? Depuis les sommets des montagnes, elles ressemblent à des sentiers taillés et lissés, mais où marcherions-nous si non dans cette herbe si haute ? », Henry David THOREAU, Il Mattino interiore. Prosa e versi da The Dial, édition, introduction et notes de Giuseppe Sofo, trad. Francesca Pitotti et Giuseppe Sofo, Aprilia, Ortica editrice, 2018, p. 27. Il s’agit d’un recueil inédit, publié en italien, de certains parmi les premiers écrits d’Henry David Thoreau parus dans The Dial entre 1840 et 1843. En particulier, cet extrait a été publié dans le volume IV, n. 2, en octobre 1843. C’est moi qui traduis.
[1] « Que serait la vie humaine sans ces villes naturelles que sont les forêts ? Depuis les sommets des montagnes, elles ressemblent à des sentiers taillés et lissés, mais où marcherions-nous si non dans cette herbe si haute ? », Henry David THOREAU, Il Mattino interiore. Prosa e versi da The Dial, édition, introduction et notes de Giuseppe Sofo, trad. Francesca Pitotti et Giuseppe Sofo, Aprilia, Ortica editrice, 2018, p. 27. Il s’agit d’un recueil inédit, publié en italien, de certains parmi les premiers écrits d’Henry David Thoreau parus dans The Dial entre 1840 et 1843. En particulier, cet extrait a été publié dans le volume IV, n. 2, en octobre 1843. C’est moi qui traduis.
[2] Voir en particulier Paul Josef CRUTZEN, Eugene F. STOERMER, « The ‘Anthropocene’ (2000) », in Susanne BENNER, Gregor LAX, Paul Josef CRUTZEN, Ulrich PÖSCHL, Johannes LELIEVELD, Hans Günter BRAUCH (éd.), Paul J. Crutzen and the Anthropocene: A New Epoch in Earth’s History, Springer International Publishing, 2021, p. 19‑21, URL : https://doi.org/10.1007/978-3-030-82202-6_2, cité par Carolyne HOULE, Fanie PELLETIER, « L’Anthropocène : réalité géologique ou évènement planétaire ? », Le Climatoscope, 6, 2024, URL : https://doi.org/10.7202/1116193ar.
[3] C. HOULE, F. PELLETIER, op. cit.
[4] L’« Anthropocene Working Group » (AWG) est un groupe interdisciplinaire issu de l’« International Commission on Stratigraphy » (ICS), né en 2009 avec l’objectif « d’examiner la possibilité de formaliser l’Anthropocène, et le cas échéant, de déterminer s’il s’agit d’une nouvelle époque au sein ou à l’extérieur du Quaternaire » (ibid., p. 95).
[5] Martin J. HEAD et alii, « The Anthropocene as an epoch is distinct from all other concepts known by this term: A reply to Swindles et al. (2023) », Journal of Quaternary Science, 38 (4), URL : https://doi.org/10.1002/jqs.3513, p. 455‑458, cité in ibid., p. 96.
[6] « The Quaternary is the youngest period but also the shortest one on the stratigraphic time table » (URL : https://quaternary.stratigraphy.org/) et il est partagé en deux époques : l’holocène et le pleistocène. La « Subcommission on Quaternary Stratigraphy » (SQS) a pour mission de promouvoir et de coordonner la coopération et l’intégration internationales en appliquant au Quaternaire les objectifs scientifiques statutaires de l’« International Commission on Stratigraphy » (ICS). Voir à ce propos URL : https://ncs.naturalsciences.be/subcommissions/quaternary/ ; https://quaternary.stratigraphy.org/.
[7] C. HOULE, F. PELLETIER, op. cit., p. 96.
[8] Si l’anthropocène évoque « les influences anthropiques sur la composition et les fonctions du système-Terre et des formes de vie qui l’habitent » (Emanuele LERONARDI, Alessandro BARBERO, « Introduzione. Il sintomo-Antropocene », in Jason W. MOORE, Antropocene o Capitalocene ? Scenari di ecologia-mondo nell’era della crisi planetaria, Verona, Ombre corte, 2017, p. 9), la diffusion d’autres termes évoque de manière plus explicite les enjeux politiques de cette nouvelle époque, comme par exemple celui de capitalocène qui mettrait l’accent sur la responsabilité de la société capitaliste et non de l’humanité toute entière dans le changement climatique et le désastre qui nous entoure. Ce dernier ne peut pas être attribué à l’humanité toute entière car la plupart des êtres humains n’ont joué aucun rôle historique dans l’augmentation des émissions et dans le changement climatique, mais ont subi les conséquences des actions d’une autre partie de la population. Ce phénomène n’a fait qu’accentuer les inégalités sociales et économiques à l’échelle globale (Stefania BARCA, The Political in Environnemental History, Keynote Speech à la conférence « Historical Materialism », Londres, 12 novembre 2016, in ibid., p. 10). Voir à ce propos également Donna HARAWAY, « Anthropocene, Capitalocene, Plantationocene, Chthulucene: Making Kin », Environmental Humanities, 6 (1), 2016, URL : https://read.dukeupress.edu/environmental-humanities/article/6/1/159/8110/Anthropocene-Capitalocene-Plantationocene, p. 159-165 ; Andreas MALM, Fossil capital: The rise of steam power and the roots of global warming, Londres, Verso, 2016 ; Jason W. MOORE (éd.), Anthropocene or Capitalocene?: Nature, History, and the Crisis of Capitalism, PM Press, 2016.
[9] Riccardo BARONTINI, Pierre SCHOENTJES, « Quand l’écologie s’impose en littérature », Études, 2, février 2022, Éditions S.E.R., p. 96, URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-2022-2-page-95?lang=fr.
[10] Ibid., p. 95.
[11] Michel COLLOT, « Écocritique vs écopoétique ? », Acta fabula, vol. 24, Essais critiques, 6, juin 2023, URL : https://www.fabula.org/acta/document16626.php.
[12] James H. WANDERSEE, Elisabeth E. SCHUSSLER, « Preventing Plant Blindness », The American Biology Teacher 61 (2), 1999, URL : https://doi.org/10.2307/4450624, p. 82-86.
[13] Marie-Thérèse JACQUET, « Entre les feuilles », in Marinella TERMITE, Le Sentiment végétal. Feuillages d’extrême contemporain, Macerata, Quodlibet Studio, 2014, p. 8.
[14] M. TERMITE, op. cit., p. 16.
[15] Catherine BRUGUIÈRE et alii, « Manières d’habiter la Terre dans les albums de fiction écologique », in Laure THIBONNIER, Sylvie MARTIN-MERCIER, Natacha RIMASSON-FERTIN, Chiara RAMERO (dir.), Cahiers Robinson, « Entre émerveillement et engagement. Littérature de jeunesse et écologie », 56, 2024, p. 128.
[16] Henry David THOREAU, Walden, edited by J. Lyndon Shanley, Princeton, New Jersey, Princeton University Press, 1971.
[17] En 1935, avec d’autres activistes et chercheurs, Aldo Leopold fonde la « Wilderness Society » qui vise à protéger et à élargir les zones naturelles en Amérique. Grâce à cette initiative, en 1964, le gouvernement Johnson lance le « Wilderness Act » qui affirme : « Une zone wilderness (c’est-à-dire « sauvage », N.d.T.), par opposition à celles où l’homme et ses œuvres dominent le paysage, est définie ici comme une zone où la terre et sa communauté vivante ne sont pas perturbées par l’homme et où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur de passage » (Paolo COGNETTI, « Pensare come una montagna », in Aldo LEOPOLD, Pensare come una montagna. A Sand County Almanac, Milan, Piano B edizioni, 2023, p. 9. C’est moi qui traduis).
[18] Raphael MATHEVET, La Solidarité écologique. Ce lien qui nous oblige, Arles, Actes Sud, 2012, cité dans Catherine BRUGUIÈRE et alii, op. cit., p. 135.
[19] Pour une histoire du terme « écologie » et des disciplines qui l’intéressent (écocritique, écopoétique), je conseille la lecture de l’article de Diego SALVADORI, « Ecocritica: diacronie di una contaminazione », LEA - Lingue e letterature d’Oriente e d’Occidente, 5, 2016, URL : http://dx.doi.org/10.13128/LEA-1824-484x-20059, p. 671-699.
[20] Serenella IOVINO, Filosofie dell’ambiente. Natura, etica, società (1re éd. 2004), Rome, Carocci editore, 2006, p. 25. C’est moi qui traduis.
[21] Loc. cit.
[22] Niccolò SCAFFAI, Letteratura e ecologia. Forme e temi di una relazione narrativa (1re éd. 2017), Rome, Carocci editore, 2022, p. 43.
[23] « La philosophie de l’environnement se concentre donc sur la relation de l’homme avec la nature dans laquelle il vit concrètement et qu’il administre activement. Concevoir la nature comme une ‘maison’, et affirmer qu’il existe une science appelée écologie nous amène également à repenser nos attitudes en matière de gestion des ressources naturelles. Il apparaît donc de manière évidente qu’une philosophie de l’environnement ne peut manquer d’être aussi une éco-nomie : une étude visant à établir les principes et les règles relatifs à l’usage que nous faisons de cet environnement. C’est pour cette raison que les critiques formulées à l’encontre de certains modèles socio-économiques ont joué un rôle si important dans le développement de la réflexion environnementale. Sur le plan moral, la question de l’essence de la nature est alors remplacée par celle de la valeur de la nature » (S. IOVINO, op. cit., p. 25). C’est moi qui traduis.
[24] Aldo LEOPOLD, A Sand County Almanac: And Sketches Here and There, New York, Oxford University Press, 1949.
[25] S. IOVINO, op. cit., p. 25.
[26] « Une éthique de la Terre, bien sûr, ne peut pas empêcher la modification, la gestion et l’utilisation de ces ‘ressources’, mais elle affirme leur droit d’exister et – du moins dans certains endroits particuliers – de perpétuer leur existence dans un état naturel. En bref, une éthique de la terre modifie le rôle de l’Homo sapiens : de conquérant de la terre à simple membre et citoyen de celle-ci. Elle implique le respect des autres membres et de la communauté elle-même en tant que telle. Au cours de l’histoire humaine, nous avons appris (du moins, je l’espère) que le rôle du conquérant aboutit à l’autodestruction. Pourquoi ? Parce qu’il est implicite dans ce rôle que le conquérant sache toujours, ex cathedra, ce qui fait fonctionner le mécanisme de la communauté et ce qui a de la valeur dans la vie de celle-ci. Avec le temps, on découvre toujours qu’il ne connait ni l’un ni l’autre et c’est pour cela qu’à la fin ses conquêtes se transforment en défaites », A. LEOPOLD, A Sand County Almanac: And Sketches Here and There, p. 204. C’est moi qui traduis.
[27] H. D. THOREAU, Il Mattino interiore, p. 9.
[28] A. LEOPOLD, A Sand County Almanac: And Sketches Here and There, p. VII.
[29] « Ce n’est que lorsque nous considérons la Terre comme une communauté à laquelle nous appartenons que nous commençons à la traiter avec amour et respect. [...] La Terre en tant que communauté est le principe fondamental de l’écologie, mais le fait qu’elle soit quelque chose à aimer et à respecter relève d’une dimension éthique. Que la Terre soit source de culture est un fait connu depuis longtemps, mais ces derniers temps trop souvent oublié », ibid., p. VIII-IX. C’est moi qui traduis.
[30] Voir en particulier les travaux de Rachel Bouvet et Stéphanie Posthumus (entre autres, id. (dir.), « Plant Studies / Études végétales », L’Esprit créateur, vol. 60 (4), 2020, URL : https://www.espritcreateur.org/issue/plant-studies-%C3%A9tudes-v%C3%A9g%C3%A9tales) ; ou encore ceux du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le végétal et l’environnement (GRIVE, URL : https://grive.uqam.ca/) pour lequel « la promenade végétale s’est imposée [à nous] comme objet et moyen de saisir la place, le sens et la portée du végétal au sein de nos sociétés contemporaines » (Rachel BOUVET, Sylvie MIAUX, Stéphanie POSTHUMUS, Jonathan HOPE, Yves MAUFFETTE, Jean-François CHASSAY, Bertrand GERVAIS, Amélie-Anne MAILHOT, Marine BOCHATON, « Promenades végétales. Pour une approche interdisciplinaire », Enjeux et société, 6 (2), 2019, URL : https://doi.org/10.7202/1066700ar, p. 277–288. GRIVE analyse « le discours de vulgarisation sur la botanique, sur les menaces écologiques et les changements climatiques et sa diffusion dans le discours littéraire, rejoignant par là même les travaux en humanités environnementales sur l’anthropocène » (Ibid., p. 284) et s’interroge sur la relation au végétal en termes de sensibilisation, de protection et de développement d’une conscience écologique.
[31] Colloque international organisé par Corinne Denoyelle et Chiara Ramero (UMR Litt&Arts, Université Grenoble Alpes, CNRS).
[32] Emmanuel MERLE, ill. Élisabeth BARD, « Le Livre de l’arbre », Habiter l’arbre, Éditions Voix d’encre, 2020, p. 51.
[33] Sara BUEKENS, « L’écopoétique : une nouvelle approche de la littérature française », Elfe XX-XXI, 8, 2019, URL : http://journals.openedition.org/elfe/1299.
[34] « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes », in « Le cantique de créatures de saint François d’Assise », URL : https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/prier/prieres-pour-notre-temps/395554-le-cantique-de-frere-soleil-par-saint-francois-dassise/.
[35] En partant de ce cantique et d’un même hymne à la « maison commune » que nous habitons, en 2015, dans sa Lettre encyclique Loué sois-tu ! (laudato si’) sur la sauvegarde de la maison commune, le pape François mène une critique à l’« anthropocentrisme moderne » (chapitre 3) et adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont on construit l’avenir de la planère et on sauvegarde la maison que nous partageons (p. 12-13), URL : https://www.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.html.
[36] Alison LURIE, « Forêts enchantées et jardins secrets : la nature dans les livres pour enfants », in id., Il était une fois et pour toujours (1re éd. Boys and girls forever: Children’s classic from Cinderella to Harry Potter, trad. d’Emmanuelle Fletcher, London, Chatto&Windus, 2003), Paris, Éditions Rivages, 2004, p. 270.
[37] Loc. cit.
[38] Ibid., p. 265.
[39] Sylvain TESSON, Dans les forêts de Sibérie. Février-juillet 2010, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Folio », 2011, p. 113.
[40] Ibid., p. 100.
[41] Ibid., p. 44.
[42] Chiara RAMERO, « Des albums jeunesse pour aider la planète ? Pistes pour une lecture écocritique », NVL Nouvelles du livre jeunesse. Nous voulons lire encore ! Écopoétique et littérature jeunesse, 236, trim/juin 2023, p. 10.
[43] Voir à ce propos, entre autres, Ibid. ; Florence GAIOTTI, « Travailler la matière du livre, expérimenter le végétal dans la littérature de jeunesse en albums », L’Entre-deux, 12 (2), décembre 2022, URL : https://www.lentre-deux.com/?b=236.
[44] Sébastian THILTGES, « Introduction. Écocritique comparée des littératures pour la jeunesse », in Nathalie PRINCE, Sébastian THILTGES (dir.), Éco-graphies. Écologie et littératures pour la jeunesse, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018, p. 23.
[45] Laurent CONTAMIN, Cent haïkus pour le climat, Éditions du cygne, Paris, 2017, p. 34.
[46] Ibid., p. 30.
[47] Ibid., p. 5.
[48] Id., « À l’école du papillon. Théâtre jeunesse, résonances écologiques », in L. THIBONNIER, S. MARTIN-MERCIER, N. RIMASSON-FERTIN, C. RAMERO (dir.), op. cit., p. 194.
[49] Pour un approfondissement du motif de la forêt dans les romans de Xavier-Laurent Petit, voir Florence GILLE-DAHY, « Les romans pour la jeunesse de Xavier-Laurent Petit : des paysages pour penser le monde », in L. THIBONNIER, S. MARTIN-MERCIER, N. RIMASSON-FERTIN, C. RAMERO (dir.), op. cit., p. 175-191.
[50] Voir à ce propos Frédéric CALAS, Pascale AURAIX-JONCHIÈRE (dir.), Nouveaux récits sur la forêt, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, coll. « Mythographies et sociétés », 2023 ; en particulier, Frédéric CALAS, « Introduction », p. 9-21.
[51] Riccardo BARONTINI, Pierre SCHOENTJES, op. cit., p. 98.
[52] J’emprunte cette belle expression à GRIVE déjà évoqué. Voir la note 30.
[53] Pour rappel, voir N. SCAFFAI, op. cit.
[54] « Je suis parti dans les bois parce que je voulais vivre pleinement, me confronter uniquement aux réalités essentielles de la vie et voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu’elle avait à m’enseigner, afin de ne pas découvrir, à l’heure de ma mort, que je n’avais pas vécu », H. D. THOREAU, Walden, p. 90. C’est moi qui traduis.
[55] R. BOUVET, S. MIAUX, S. POSTHUMUS, J. HOPE, Y. MAUFFETTE, J.-F. CHASSAY, B. GERVAIS, A.-A. MAILHOT, M. BOCHATON, op. cit., p. 4.
[56] S. IOVINO, op. cit., p. 141. C’est moi qui traduis. La chercheuse s’appuie ici sur les travaux de Scott SLOVIC, en particulier Id., Literature, in Dale JAMIESON (éd.) A Companion to Environmental Philosophy, Blackwell Publishers, Malden (MA), 2011, p. 254-258.
[57] Pour mieux connaitre ce projet, outre les articles déjà évoqués dans la contribution des deux chercheuses présente dans ce dossier, nous tenons à mentionner ces autres articles : Elena ZIZIOLI, « ‘Una stanza tutta per noi’. Letture collettive al ‘Femminile’ », I Problemi della Pedagogia, LXIV (2), 2018, p. 331-349 ; Stefania MURARI, Laura VINCI, Elena ZIZIOLI, « ‘Controvento’. La lettura si fa percorso ri-educativo », Biblioteche Oggi, XXXVII (1), 2019, p. 37-41, URL : https://www.bibliotecheoggi.it/media/download/get/f8ca41a1-f33b-4813-826f-e6b5972447c5/original. En outre, nous soulignons le dossier « L’atelier d’écriture en prison », sous la direction de Marie JOQUEVIEL-BOURJEA, Dorothée COOCHE-CATOEN et Françoise HEULOT-PETIT, publié dans L’Entre-deux, 15 (3), juillet 2024, URL : https://www.lentre-deux.com/?b=317.
[58] Voir la bibliographie de la contribution en question.
[59] Voir à ce propos le dossier « Sensibilités végétales : par-delà art et nature », sous la direction de Florence GAIOTTI, Isabelle ROUSSEL-GILLET et Anne Gaëlle WEBER, publié dans L’Entre-deux, 12, décembre 2022, URL : https://lentre-deux.com/index.php?b=233.
[60] Pour un approfondissement des liens entre la science-fiction et l’écologie, nous soulignons le dossier « Science-fiction et écologie : entre fin du monde et résilience », sous la direction de Corinne DENOYELLE et Chiara RAMERO, publié dans Iris, 46, 2026, URL : https://publications-prairial.fr/iris/index.php?id=4182.
[61] E. MERLE, ill. É. BARD, « L’échange », op. cit., p. 57.
[62] « C’est précisément de leur incapacité à se déplacer, de leur ancrage au sol, que découlent les extraordinaires qualités de robustesse qui caractérisent leur organisation », Stefano MANCUSO, Fitopolis, la città vivente, Bari-Rome, Gius. Laterza & Figli Spa, 2023, p. 129. C’est moi qui traduis. Nous signalons également, entre autres, Id., La Nazione delle piante, Bari-Rome, Gius. Laterza & Figli Spa, 2019.
[63] « L’organisation végétale est exactement ainsi : diffuse et répartie, capable de faire face à des contraintes catastrophiques sans pour autant perdre de sa fonctionnalité. C’est exactement le contraire de l’organisation animale, fondée sur une hiérarchie rigide et une spécialisation où il suffit qu’un seul organe tombe en panne pour que l’ensemble de l’organisation s’effondre », Ibid., p. 129-130. C’est moi qui traduis.
[64] Je signale à ce propos les riches documentaires autour des végétaux, Kingdom of Plants, réalisés par David Attenborough, où il souligne justement le rôle que les végétaux jouent dans la vie de tous les autres êtres et ont joué au niveau de l’évolution des espèces.
[65] « Le fait que cela offre ainsi une chance supplémentaire à la survie et à l’évolution de notre espèce (ainsi qu’à toute autre forme de vie qui, plus ou moins directement, dépend de nous) est sans aucun doute un pari qui vaut la peine d’être fait », Serenella IOVINO, Ecologia letteraria. Una strategia di sopravvivenza (1re éd. 2006), Milan, Edizioni Ambiente, 2015, p. 24. C’est moi qui traduis.
Résumé
Dans un monde où une conscience écologique et une attention à l’environnement se sont développées et ne cessent de s’accroitre, on constate un engagement de la littérature dans la question écologique. Les œuvres littéraires, au-delà de leur genre, de leur culture d’appartenance ou de leur destinataire, témoignent de la sensibilité croissante envers la problématique environnementale et, plus généralement, du rapport de l’homme au monde naturel et aux êtres qui l’habitent. En particulier, la littérature, tant générale que de jeunesse, peut faire vivre ou revivre au lecteur la relation, en perpétuelle évolution, entre l’humain et le végétal et nous aider à repenser notre expérience esthétique et sensible du végétal.
Abstract
In a world where environmental awareness and concern for the environment have developed and continue to grow, engagement with environmental issues in literature grow as well. Literary works, regardless of their genre, cultural background or intended audience, reflect this dedication ans sensitivity to humanity’s relationship with the natural world and the beings that inhabit it. Literature –both general and children’s– can particularly enable readers to experience or rediscover the ever-evolving relationship between humans and plants and help us to rethink our aesthetic and sensory experience of the vegetal world.
Une sensibilité littéraire croissante envers le monde naturel
L’homme et les autres êtres vivants : l’homme et les arbres
Au-delà des frontières historiques, culturelles et génériques
Chiara RAMERO
Univ. Grenoble Alpes, CNRS, Litt&Arts, 38000 Grenoble, France
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BOUVET, Rachel, MIAUX, Sylvie, POSTHUMUS, Stéphanie, HOPE, Jonathan, MAUFFETTE, Yves, CHASSAY, Jean-François, GERVAIS, Bertrand, MAILHOT, Amélie-Anne, BOCHATON, Marine, « Promenades végétales. Pour une approche interdisciplinaire », Enjeux et société, 6 (2), 2019, URL : https://doi.org/10.7202/1066700ar, p. 277-288.
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